Des hauts et débats

L’humour, pas la guerre

Ma mémoire est pire que le physio du Montana : elle laisse entrer des souvenirs au hasard, sur des critères arbitraires, si bien qu’au fil des ans, mon esprit ressemble de plus en plus à une brocante de province où le pire côtoie paresseusement le meilleur.

Pourtant, je me souviens précisément ce que je faisais, le matin du 11 septembre 2001. Et le soir du 21 avril 2002, et le matin du 19 mars 2012. Comme je me souviendrai toute ma vie que le matin du 7 janvier 2015, tandis que des barbares tuaient des hommes et des illusions, j’écrivais.

L’hébétement a ce pouvoir de stimuler la mémoire individuelle et collective.

La veille du 7 janvier 2015 – ironie du sort -, je discutais avec un ami très cher des abus de la liberté d’expression. On déplorait la diarrhée de réactions à chaud qui sert aujourd’hui d’opinion publique, l’agonie de la réflexion, et cette habitude de se mobiliser « contre », et non plus « pour » une cause ou un projet. Comme si on ne savait plus partager qu’en faisant la gueule. On se demandait ce qu’on avait fait pour mériter cette société du « Je clique, donc je pense. » Nos pensées titubaient ainsi entre regret, colère et ironie, et l’espoir n’avait pas beaucoup de place pour s’exprimer.

Le lendemain, la France apprenait qu’on pouvait mourir de rire, pour de vrai.

Comme tout le monde, j’ai pleuré d’hébétement, avant de mêler ma colère avec celle des autres, et de me souvenir avec vous que l’humour, la liberté de la presse et la liberté d’expression, ces acquis démocratiques que la crise morale, identitaire et économique a failli abîmer, sont à la fois des droits et des devoirs.

En tant que journaliste, je souhaite que le 7 janvier 2015 serve d’électrochoc à une presse en crise qui, à force d’auto-censure et d’hésitations, oublie trop souvent le rôle qu’elle doit jouer dans une démocratie.

En tant que citoyenne, je souhaite que le 7 janvier 2015 nous redonne enfin le sens de l’humour et de la tolérance.

Rions tous les uns des autres : c’était la réponse de Charlie à l’extrémisme.

F.

3189993-4562766

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