Des hauts et débats

L’art de fermer sa gueule

Comme la broderie au crochet ou la courtoisie, le silence est un art qui se perd. Je parle (tout bas) du silence authentique, taciturne et vide, et pas du silence ostentatoire dont Martin Margiela, Hedi Slimane, Phoebe Philo, le collectif Vêtements et d’autres artisans du chic ont fait leur paresseuse marque de fabrique.

 

Contrairement au vélo, le silence s’oublie, si tant est qu’on l’ait appris sincèrement un jour.  « Tais-toi ! », me disait-on (rarement) lorsque j’étais enfant, et que je faisais déjà du vent avec ma langue. J’allais alors solliciter des tympans moins susceptibles : j’ignorais encore tout du plaisir aigu qu’éprouve celui qui n’a rien à dire à la boucler, simplement. Trois points de suspension derrière les paupières, et les lèvres scellées en un sens interdit au bruit : le bonheur.

 

Je regrette d’avoir manqué ces rendez-vous avec le silence, et de ne pas avoir profité davantage de cette époque glorieuse durant laquelle personne ou presque ne me demandait mon avis, et, si d’aventure j’en avais un – ce qui était rare -, je pouvais le garder jalousement « pour plus tard », comme le dernier bonbon du paquet.

 

rankin3(c) Rankin

 

Aujourd’hui, donner mon avis est une passion, presque une seconde nature – il se trouve qu’en plus, j’en ai fait mon métier. Parfois pourtant, je n’ai rien à dire. Le sujet ne m’intéresse pas, ou ne me concerne pas, à moins que je sois totalement passée à côté, ou que j’aie simplement envie de regarder le ciel, un courant d’air entre le nez et le chignon.

 

Hélas, l’actu est un gif qui n’autorise ni le recul, ni l’indifférence, et encore moins le silence. Jadis, au début du siècle, pour exister, il fallait savoir. En 2015, pour exister, il faut dire. Si tu ne dis rien, si tu n’as pas d’opinion, c’est que t’as raté ta vie – en tout cas, ta journée, ce qui revient de plus en plus au même. Alors toute la journée, les mots grondent dans nos gorges, comme des métros ronflant sous les bouches d’aération bâillonnées par ceux dont la précarité a confisqué la parole. Et la parole finissent toujours par emboutir la barrière de sécurité que sont les dents, pour atterrir n’importe comment dans l’espace public.

 

Baptiste Giabiconi, par exemple, dont le bon regard laisse entrevoir la steppe aride qu’il y a derrière… La semaine dernière, ce malheureux Baptiste confond la prise de la Bastille et l’Armistice de 1945, et devient la risée du web ALORS QUE SON METIER EST DE SE TAIRE !!!  Au même moment, Lou Doillon explique aux lecteurs d’El Pais ce qu’est une bonne féministe, par rapport aux mauvaises féministes que sont Beyoncé, Rihanna ou Nicki Minaj : trop sexy, trop poufiasses, pas assez Saint-Germain-des-Prés, en somme. Elle aurait pu se retenir, voire peut-être, pourquoi pas, réfléchir avant de parler, mais non, il a fallu qu’elle pète par les cordes vocales.

 

Alors qu’il est si bon de fermer sa gueule, parfois. De s’en foutre. Jadis, on appelait ça l’insouciance.

 

Cela aussi est un art qui se perd… et que j’ai hâte de redécouvrir dans quelques jours sur la plage.

 

Joyeux bouclage, mes amours.

 

 

ALERTE RACOLAGE

xbiko4q

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(c) Miles Aldridge / Vogue Italie

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9 A votre avis ?

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  1. Chubthi - Il y a 2 années

    « il a fallu qu’elle pète par les cordes vocales »
    Aaaaaaaaaaaaaaahahahaha mais qu’est-ce que ça m’a manqué !!! Je rentre de vacances, je suis en mode Fiona-marathon depuis une demi-heure (trop d’articles non-lus), un délice

  2. Laurie - Il y a 2 années

    @admin : Fiona je t’aime. Encore une fois tu sais manier les mots comme personne. Personne n’a de jugement de valeur à apporter à ce billet, nous ne sommes pas en CE2 B dans la classe de Mme Desjardins et il n’y aura pas de distribution de bons points. Rien que cette intrusion de lapin sournois montre à quel point il est important que chacun prenne conscience que son opinion n’est pas exigée en toutes situations.
    Des tonnes de bisous et profite de tes vacances

    • admin - Il y a 2 années

      @Laurie : Bah c’est moi qui t’aime, folle, va ! Merci mille fois pour ces jolis mots qui me vont droit au coeur <3. Bonnes vacances à toi aussi, et plein de baisers

  3. admin - Il y a 2 années

    @LittleBunny : YEAH, MON PREMIER TROLL ! (j’ai fait un voeu) Cher PetitLapin, je sens que tu es le genre difficile à convaincre, aussi n’essaierai-je même pas, en plus que j’ai brunch avec les copains dans trente minutes. Je suis désolée que tu n’aies trouvé aucun intérêt dans ce post : je n’ai pas la prétention d’être sociologue ni professeur au Collège de France, mon avis manque sans doute de statistiques, mais tu es sur un blog, pas aux conférences TED. Par ailleurs, je ne suis pas une adepte du « bashing ou autre » à tout prix dont tu as l’air friande, parce qu’à mon sens, le hating n’est pas une opinion mais un bruit supplémentaire qui s’ajoute à la cacophonie ambiante (l’objet de ce post). Quant à ce procès d’intention à la fin du commentaire, selon lequel mon néant voudrait dominer les autres, alors là… Mais allez, bon dimanche !

  4. admin - Il y a 2 années

    @HappyLilly : Oui, la reréaction de Baptiste est encore pire que la première, le pauvre chou… (quelqu’un peut rendre son cerveau à Baptiste, s’il vous plaît ?) Quant au débat : « se taire ou exposer son point de vue à voix haute »… J’avoue être moi aussi partagée. Tout dépend surtout de l’auditoire, je dirais ? A 25 ans (et quelques packs de douze mois), j’ai renoncé à brailler pour me faire entendre de gens qui ne veulent pas entendre, ni débattre. Qu’en-penses-tu ?

    @Merrygoroundgirl : c’est comme pour le tabasco dans le jus de tomate : tout est dans le dosage 😉 Entre être mutique, et avoir la bouche en portes de saloon comme dans Lucky Luke, il y a un monde. Des bises avec du soleil à l’intérieur.

    @MissERichard : maxi pensage à toi, et à toutes nos soeurs qui pensent trop 😉 ! Promis, je ne vous oublie pas, j’emporte le clavier en vacances. Courage, mojo, et bisous !

  5. LittleBunny - Il y a 2 années

    A part « parler pour prouver que j’existe » j’ai pas compris l’interet non plus de cet article qui n’apporte rien, qui n’explique rien et qui fait que pointer du doigt des faits. Même pas de réelle analyse, même pas de reflexion sur le monde. Ca ne balance que des semi vérités somme toutes assez banales…Du style « Ils auraient mieux fait de ce taire », le tout en surfant sur le buzz que ces gens font pour en tirer soit même une pub de leurs frasques.
    Y a pas de bashing ou autre, mais juste un flot de propos sans grands interet pour se donner un sentiment d’exister par la lecture et les réactions des autres. Choses réussi j’en convient mais je comprend pas ce néant qui s’affirme et qui se veut dominant les autres…

  6. HappyLilly - Il y a 2 années

    C’est DEUX fois qu’il aurait dû la fermer sa gueule le Baptiste.
    L’erreur était grave mais une pirouette « je suis encore plus nul que je ne le croyais en histoire » et une photo de lui avec un manuel d’histoire « L’histoire pour les nuls ». Et hop il s’en tirait.
    Mais non: il a re-causé:
    http://www.programme-tv.net/videos/extraits/44459-baptiste-giabiconi-s-explique-sur-son-tweet-du-14-juillet/
    Quant à Lou Doillon, c’est toute l’histoire du bon chasseur et du mauvais chasseur des Inconnus. Pas mieux!
    De mon côté, je suis souvent partagée entre le « qui ne dit mot consent » (et ça, ce n’est pas mon truc) et le dire « haut et fort ». Mais quelle énergie je gaspille vainement le plus souvent à exposer mon point de vue.
    Bonnes vacances!

  7. MissERichard - Il y a 2 années

    J’aime!
    « En 2015 pour exister, il faut dire ». Et surtout vite. Avant que l’actu soit dépassée et le sujet envolé.
    Tu m’étonnes qu’on soit KO !

    Bonne vacances à venir. N’oublie pas ceux qui continuent de trop réfléchir à leurs grands projets de vie (qui en plus doit se faire dans le bruit viral) et de taper du clavier loin des vagues 🙂 Ils (« je », déjà, surtout) t’envie(nt) – mais assume(nt) !

  8. merrygoroundgirl - Il y a 2 années

    Que de sagesse dans ce post! Il est vrai que le silence n’est pas vraiment le maître mot de notre période où tout se dit ou tout s’écrit, sur les t-shirts, dans la rue … Serions-nous devenus des boulimiques de la parole?
    En tout cas, je fais moi-même partie des personnes qui se font un avis et qui le partagent depuis le jour où j’ai crée mon blog, alors tant qu’à faire je ne vais pas m’arrêter en si bon chemin. Et peut-être que le jour où je n’aurai plus rien à dire, je me tairai.
    Et cette chanson m’a refait prendre conscience du fait que j’étais vieille déjà jeune, parce que quand Lorie et Jenifer passaient en boucle à la radio, je m’achetais l’album de Depeche Mode. Bizarrerie quand tu nous tiens!

    Bises silencieuses,
    Céline

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