Des hauts et débats

Comment continuer la Fuck It Thérapie à la rentrée ?

 

Après le FOMO (Fear Of Missing Out) et le JOMO (Joy of Missing Out), j’ai testé le FIOMO, ou Fuck It Of Missing Out. Voici le mode d’emploi pour continuer après le 1er septembre.

 

SamanthaAngelo5(c) Samantha Angelo

 

Au commencement il y eut le verbe (évangile selon St Jean) (excuse my éducation catho et my mémoire d’éléphant). Ensuite, il y eut internet, et puis les réseaux sociaux (je la fais courte). Vexé de ne plus être l’opium number one du peuple, Dieu inventa alors le FOMO, ou Fear Of Missing Out, et les êtres humains commencèrent à se sentir comme la dernière carotte de la macédoine dès qu’ils rataient le moindre event Facebook. Un jour, en 2013, une Canadienne du nom de Christina Crook* inventa l’antidote au FOMO : le JOMO, ou Joy Of Missing Out. Pied de nez au FOMO, le JOMO consistait à passer ses vacances dans une zone 0,5G dépourvue de wifi, et à garder le sourire, malgré le prix de la loc’.

 

Une detox digitale consentante et joyeuse, en somme.

 

Bullshit, croyez-en mon expérience dans les Pouilles l’année dernière ! Au premier orage sur les champs d’oliviers à perte de vue, je JOMOtais déjà moyen. Au cinquième, j’aurais vendu ma belle-fille pour scroller cinq minutes la vie des autres sur IG. Au dixième, j’avais carrément envie de me pendre avec le fil de mon iPhone. Toujours se méfier de ceux qui prétendent qu’une detox peut être consentie et joyeuse.

 

Trois semaines de vacances au Far West dont je rentre tout juste, jet laguée, grosse et boutonneuse, m’auront notamment appris cela : rien ne vaut le FIOMO, ou le Fuck It Of Missing Out. Premier commandement du fionisme, la religion dont je suis à la fois la pédégé, la trésorière et la principale adepte, le FIOMO consiste à constater que la vie est plus cool/plus mince/plus cultivée/plus épanouie/mieux ailleurs… et à s’en foutre poliment.

 

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Si le FIOMO fonctionne très bien dans la vie virtuelle (« Fuck it ton coucher de soleil, le mien est plus gros », à peu près…), il est également très facile à appliquer dans la vraie vie, voyez plutôt. Imaginons que vous partiez à la découverte des Parcs Nationaux américains avec un fiancé qui appelle un Uber pour traverser la rue, et une petite belle-fille qui ne marche que derrière les Pokémon. Sous FOMO, vous flipperiez de rater le moindre sentier du parc national le plus merdique, vous braillerez : « Super les culs de plomb ! » et passeriez la journée à faire la gueule sur le parking. Contreproductif.

Sous JOMO, vous vous seriez félicitée de ne pas avoir abîmé vos Birkenstock toute neuves. Faux-cul.

Sous FIOMO, la vraie nouveauté de l’été 2016 ex-aequo avec le retour du jogging et la mule-mocassin, vous arpentez les sentiers des parcs nationaux toute seule, en laissant le fiancé et la petite pécher le dîner, le cul vissé sur la plage, et la canne plongée dans le lac. OK, vous n’avez que votre gueule à contrejour sur les photos, mais quelle paix, quels mollets… et quelles truites !

 

Imaginons encore que vous soyez tenancière d’un blog mode à succès d’estime, un blog mode d’auteur, donc… OK, imaginons que vous soyez le Jean-Luc Godard du blog mode, et qu’un poil dans la main de la taille d’une perruque vous empêche dès le 2 août de poster régulièrement. Sous FOMO, vous imaginez votre audience partie à jamais mater des tutos sur Youtube : c’est mort, vous ne serez jamais une vraie blogueuse, vous n’aurez jamais de cadeaux gratuits ni de posts sponsorisés à écrire pour des déodorants. Sous JOMO, vous essayez de vous convaincre que génial, ça vous fera du temps pour chercher un vrai travail. Et sous FIOMO, vous vous dites que qui m’aime m’a suivie sur Instagram et Snapchat, où j’ai posté tous les jours.

 

Grâce au FIOMO, un paquet de chips = un dîner quasiment équilibré, un short et un t-shirt pas repassé = un ravissant OOTD, un bracelet all inclusive = un joyau d’exception, des coups de soleil = un futur bronzage, un voile de cellulite = un cul Chesterfield !

 

original(c) Cara Delevingne par Terry Richardson

 

Le problème, c’est la rentrée. Je sens qu’à tout instant, à la première feuille morte, au premier appel d’air chez Zara, je peux retomber dans mes pires travers : me remettre au sport, au boulot, à la minijupe sans collant, à l’eye-liner, aux salades de kalé sauce yuzu, au binge-watching, au binge-knowing, au binge-seeing et au binge-going out, et aux équations photos filtrées + nombre de likes multipliés par nombre de likes divisés par likes des gens qui me connaissent dans la vraie vie, au carré si c’est ma mère.

 

Comment FIOMOter un bronzage écru foncé, trois kilos en plus, dix lessives en retard et seulement vingt likes pour ses nouveaux mulassins (mules-mocassins) ?
J’avoue : j’ai pas la réponse (et Fuck It, je ne suis pas le blog des frères Bogdanov), mais peut-être que vous, vous l’avez ?

 

Comment vous luttez, vous, contre la comparaisonite aïgue et le sentiment d’avoir raté votre vie si vos nouveaux mulassins (mule + mocassin) ne récoltent pas un nombre satisfaisant de likes ?

 

Je t’embrasse fort, et suis très heureuse de te retrouver, ma chère cantonade.

Fiona

 

PS : On me fait signe que le FIOMO s’appelle le lâcher-prise, et que ça a été inventé il y a quelques semaines déjà par un dénommé Epictète. Ouais, bon…

 

 

*crook = « escroc », en anglais. Non seulement Dieu est bilingue, mais il a également le sens de l’humour. Qui l’eut cru ?, j’avoue.

 

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3 A votre avis ?

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  1. merrygoroundgirl - Il y a 8 mois

    Oula ben avec tout le bordel qu’est ma vie en ce moment et le temps que je n’ai pas eu pour aller watcher tout ce qui s’était passé sur Internet depuis biien longtemps, si j’étais sous Fomo je me serais déjà suicidée quinze fois. Mais il n’en est rien et je suis bien décidée, à la suite de cet article, à carrément passer au FIOMO qui me parait une technique très enrichissante.
    Et justement, pour lutter contre la comparaisonite, je me déconnecte, bon sans le vouloir pour le coup, mais comme ça plus de comparaison, et ma vie est la seule, en mode égoïsme complet mouhaha.

  2. Rouille - Il y a 9 mois

    J’aime beaucoup, beaucoup, cet article!
    Et sinon, j’ai pas de réponse… La seule chose que je sais c’est que depuis que je vis loin, très loin de la France, ça me touche beaucoup moins car cela me semble totalement inaccessible et irréalisable! Mais dès le retour à Paris, je sens que le FOMO va revenir à grands pas…

    Belle journée !

    • Fiona - Il y a 8 mois

      Merci pour ton commentaire @Rouille <3. C'est peut-être ça, la solution : rester loin toute l'année... Je vais en parler à mon banquier.

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