Des hauts et débats

Comment calmer son angoisse pré-électorale ?

Comment alléger son esprit plombé par une campagne interminable à l’issue encore plus incertaine après l’attentat d’hier soir sur les Champs Elysées ? Autrement qu’avec du Chardonnay, je veux dire ? Voici mes méthodes.

 

FullSizeRender-2(c) Ashish

 

Déjà avant l’assassinat de ce policier sur les Champs Elysées hier soir, en plein dernier grand oral des candidats à l’élection présidentielle sur France 2, mon esprit ressemblait à la chambre d’une ado gothique privée de sortie. Ce matin, je suis tellement tendue par l’issue de cette présidentielle que je pourrais recharger une voiture électrique en me collant la prise dans la bouche.

 

Comme vous peut-être, cette élection m’angoisse depuis le début, moins à cause des costards que l’on offre ou que l’on taille à Fillon et qui ne l’empêchent pas de conserver sa place parmi les favoris dans la course vers l’Elysée… Wait, en fait si, ça me trouble beaucoup. Le fait que son acharnement dans le déni, dans le mépris des gens, des règles et de toute éthique puisse être pardonné, pire, oublié et même rentable me rend assez malade, à vrai dire.

Mais je reprends.

Cette élection m’inquiète depuis les premiers débats sur la sécurité, la laïcité, les quotas d’immigration et la place de la France en Europe et dans le monde, thèmes qui ont phagocyté la campagne au détriment de l’éducation, de la culture ou de l’écologie, notamment. Elle m’inquiète moins à cause de ce que l’on risque de gagner que de ce que l’on risque de perdre. J’ai très peur de perdre l’espoir, ce moteur du changement qui accompagne le progrès social. L’espoir, ou l’antonyme de la peur et du repli sur soi. J’ai profondément envie de vivre dans un pays qui croit à l’ouverture au monde, qui ouvre les fenêtres et les esprits plutôt qu’il ne ferme les portes et les yeux. Et c’est la raison pour laquelle dimanche, je voterai non avec ma peur mais avec mes espoirs (car ils sont plusieurs, ils sont même nombreux). Parce que je préfère faire confiance plutôt que me méfier, et j’aime mieux, mille fois mieux me tromper plutôt que de renoncer à espérer, et à voter.

 

Je ne suis pas une assez bonne citoyenne pour inciter qui que ce soit à aller voter dimanche, ou à faire sa procuration (car il n’est pas trop tard : vous avez jusqu’à demain midi. La marche à suivre d’urgence ici). Comme je suis moi-même un peu lasse que l’on m’explique pourquoi tel ou tel candidat va mieux sauver le monde que tel ou tel autre, je vais vous épargner la liste des dix raisons pour lesquelles il faut absolument voter pour mon candidat favori (car c’est un homme… dont le nom finit par « on »).

 

En revanche, je peux vous dire comment je vais m’appliquer à démonter mes angoisses ce week-end, ou en tout cas, à les apaiser.

 

Je vais faire la cuisine et planter des trucs dans la terre pour les regarder pousser à l’avenir, ce grand mot effrayant dont le point sur le « i » se perd dans les nuages. Un jour, je vous en dirais davantage sur cette passion pas si nouvelle que j’ai pour la cuisine et le pelotage de fruits et légumes : keep tuned.

 

Je vais lire, parce qu’il ne se passe pas un jour sans que je lise au moins quelques lignes qui n’ont rien à voir avec l’actualité. J’ai toujours été une grande lectrice, moins d’essais que de romans, classiques ou modernes, souvent anglo-saxons. Mais pour garder foi en l’humanité, pour réfléchir en (sou)riant beaucoup, même de travers, même à l’envers, rien ne vaut les auteurs israéliens ou d’origine israélienne : lisez Shalom Auslander. Lisez Saul Bellow. Lisez Gary Shteyngart. Lisez « Un homme sans tête » ou « Au pays des mensonges », les nouvelles surréalistes, tendres ou cruelles et remarquablement écrites d’Etgar Keret, et je vous promets qu’à la fin du week-end, quoi qu’il arrive, même le pire, votre cerveau sentira la Soupline.

 

Je vais perdre deux bonnes heures sur ce compte fascinant @200percent, où l’on apprend comment sont fait les McNuggets ou les Jelly Beans, ou comment décoller facilement une étiquette d’une surface, allumer un feu avec un citron et des clous ou nettoyer la semelle de ses baskets avec du dentifrice grâce à des mini vidéos absolument fascinantes. Ne checkez pas ce compte juste avant d’aller voter, vous risqueriez d’arriver après la fermeture du bureau.

 

Je vais rererereregarder cette vidéo hilarante de l’humoriste anglais John Oliver expliquant l’enjeu des élections françaises à ses compatriotes. C’est irrésistible (et en VO, sorry I speak fluent English)

 

 

Je vais enfin méditer ces paroles de l’immense Reda Kateb. Invité hier dans Boomerang à l’occasion de la sortie (le 26 avril) du premier film d’Etienne Comar, Django, dans lequel il joue le rôle éponyme du guitariste de jazz manouche Django Reinhardt, l’acteur s’interroge avec Augustin Trapenard sur la nature même de l’identité et de l’engagement. A Augustin Trapenard qui s’agace des choix que la société nous impose de faire et d’être, Reda Kateb rétorque qu’il préfère y voir non pas une injonction – « sois ceci, sois cela ! » – mais une infinité de possibilités – « soit ceci, soit cela ». Il dit aussi qu’il a fait la paix avec sa propre identité, avec le fait qu’elle soit fluctuante et plurielle, toujours en mouvement, façonnée sans cesse par les rencontres qu’il fait et les lieux qui l’accueillent. Il parle de racines qui bougent, préférables à son sens à ses racines inamovibles.

 

 

Ecoutez-le aussi réciter l’extrait d’une pièce de l’un de mes dramaturges favoris, Peter Handke. Ces mots-là sont du miel. J’avais l’impression que mes neurones se foutaient tous seuls en position du lotus à l’intérieur de mon crâne.

 

 

Courage pour dimanche, et croisons les doigts bien fort pour que l’on puisse continuer de rêver dans ce pays, avant que d’avoir peur.

Fiona

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2 A votre avis ?

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  1. Bibiche - Il y a 6 mois

    Courage votons !

    • Fiona - Il y a 6 mois

      @Bibiche : bien dit bordel !

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