Des hauts et débats

Peut-on dissocier l’homme de l’artiste ?

C’est la question que je ne me posais absolument pas hier, tandis que je plâtrais les fissures de mon plafond percheron en compagnie de mon chat et de 872 podcasts dont je me pourlèche les tympans lorsque je fais une detox d’actu. N’empêche, malgré la 0,2G et ma livebox qui fonctionne au charbon, l’actu a fini par arriver jusqu’à moi, essouflée d’avoir crapahuté à pied l’autoroute de l’information qui tient plutôt du sentier de randonnée par ici.

 

Et donc, la rétrospective Polanski inaugurée hier soir à la Cinémathèque de Paris en présence du Maître, auteur de 22 films dont la moitié est présumée inoubliable et de cinq viols sur mineures dont la totalité est prescrite au regard de la justice, et d’une centaine de manifestant.e.s féministes qui appelaient à boycotter la manifestation que la Cinémathèque a refusé d’annuler en dépit de la pétition circulant en ce sens sur les réseaux. Certains journalistes se sont émus du lynchage médiatique dont fait l’objet l’auteur de Rosemary’s baby, Tess ou Le Locataire depuis quelques mois (poke François d’Orçival invité des Informés hier soir sur France Info). A titre personnel, j’ai assez peu de compassion pour les types qu’on lapide à coups de hashtags pour avoir lynché pas du tout virtuellement une jeune fille de treize ans il y a quarante ans, mais donc, ça s’est ému ici et là, et dans les rangs des aficionados du cinéaste pris à partie hier soir par les manifestants, ça arguait un peu gêné que le type a beau avoir une moralité en amiante, bon, c’est quand même un génie.

 

Capture d’écran 2017-10-31 à 11.27.20

 

Sur ce point, je suis assez d’accord, pour avoir été longtemps une fan du Polanski des années 70 et 80, et même du début 90, alors même que je connaissais vaguement son goût pour les très jeunes filles qui n’ont pas appris à dire non aux adultes. J’aimais ses films, j’ai vu Frantic et Lunes de fiel une demi-douzaine de fois, je considère toujours que Tess est un chef d’oeuvre. L’art n’a pas besoin de la moralité pour exister, peut-être même qu’elle l’encombre ou l’entrave, et je connais peu de femmes et d’hommes de talent dont le casier moral soit totalement vierge.

Il ne s’agit pas là d’établir une hiérarchie d’immoralités artistiquement correctes mais de décider de boycotter -ou pas- une manifestation publique à la gloire d’un homme bien vivant, encore en activité, qui a violé des mineures et s’est soustrait à la justice pendant la moitié de sa vie. A titre personnel, je boycotte, comme je boycotte Les Inrockuptibles lorsqu’ils font leur Une avec un meurtrier -de talent, il est vrai-, comme je boycotterai la rétrospective que la Cinémathèque française consacrera en janvier à Jean-Claude Brisseau, condamné à deux reprises pour harcèlement et agressions sexuelles, auquel on doit notamment le très beau Noce Blanche.

Continuer de voir, de lire ou d’écouter les productions d’hommes tels que Cantat, Polanski ou Brisseau, oui, peut-être -admettons. Leur rendre publiquement hommage, non, car ce serait décider que l’insupportable devient supportable. Or le talent et le pouvoir ne doivent plus garantir l’impunité ni l’oubli. Il est temps que le futur change, une fois pour toutes.

 

roman-polanski-se-fait-huer-a-la-cinematheque-1131558_w767h767c1cx719cy449cxt163cyt96cxb1256cyb662

 

Partagez ce post !
Email to someoneShare on FacebookTweet about this on TwitterPin on Pinterest

A votre avis ?

    * mentions obligatoires. Votre adresse mail ne sera pas publiée.

Ca pourrait vous plaire...

Copyright 2015 Fiona Schmidt / Tous droits réservés / Design par Gaya et Paul Orzoni