Des hauts et débats

Lindsay Lohan : accidentellement culte

Lindsay Lohan photographiée par Richard Richardson pour Love Magazine

Lindsay Lohan photographiée par Richard Richardson pour Love Magazine

Dans quelques années, on étudiera probablement « The Canyons » dans les écoles de cinéma, au cours d’un cycle baptisé « le nanar culte : fondamentaux d’un sous-genre exigeant ».

Pour un film, être considéré comme un nanar est relativement aisé, surtout s’il est signé Dany Boon ou Jean-Claude Brisseau. Devenir culte est moins facile, quoique pas insurmontable — même Jean-Claude Brisseau a fait un film culte : « Noces blanches », le premier film de Vanessa Paradis. Cependant, « Noces blanches » a trop de qualités indiscutables pour prétendre au titre de nanar, sans compter que c’est le seul film de Brisseau à avoir obtenu un succès public ET critique. Or un nanar culte n’est pas populaire : il doit diviser la critique, c’est la première de ses caractéristiques. Si la critique est unanime pour le (na)palmer sur plusieurs colonnes, alors il est bêtement culte. Si la critique s’en fout, c’est un nanar classique.

Le nanar culte doit donc répondre à un cahier des charges très précis :

  • Il doit être sulfureux. «The Canyons» réunit Bret Easton Ellis au scénario, la star du porno James Deen, et Lindsay Lohan, dans une histoire où il est beaucoup question de partouze : check.
  • Il signe le come-back d’une star vieillissante et/ou sur le déclin. Si Paul Schrader est le Paul Bocuse du film culte de genre (Taxi Driver, American Gigolo, Raging Bull…), il n’avait pas peloté une caméra depuis 2008, ni réalisé un bon film depuis les années 80. Et Bret Easton Ellis, confit dans sa gloire depuis les années 90, n’a pas écrit un bon livre depuis «Glamorama», en 1998 : double check.
  • Son titre est minimaliste, quoique subtilement métaphorique : check.
  • Il doit avoir été réalisé avec un budget de ménagère roumaine époque Ceaucescu. Or Lindsay Lohan a co-produit le film pour lui apporter un soutien financier, et accepté un salaire quotidien de 100$ : check.
  • La réalité est plus sordide encore que la fiction. Un an avant sa sorti, le film était déjà célèbre pour les engueulades et les psychodrames sur le plateau, entre scénariste anti-Lindsay, réalisateur anti-scénariste, et acteurs qui se haïssaient mutuellement : check.
  • Les moments de grâce alternent avec des plans plus paresseux que dans une pub pour des serviettes hygiéniques pour vieux : check. Le générique d’ouverture et la scène de la piscine, notamment, sont des chefs d’oeuvre cinématographiques.
  • Les maladresses du scénario, de la mise en scène et du jeu des acteurs principaux participent de l’intérêt du film, qui, s’il n’était pas si maladroit, n’aurait pas tant d’intérêt : check.
  • La bande-son est poisseuse : check (à vérifier ici : http://www.deezer.com/album/6800263)
  • Lindsay Lohan joue dedans.

Ah, Lindsay Lohan…

Comme Britney Spears, Li-Lo m’a toujours fascinée -sans doute parce que j’ai toujours aimé les jouets en plastique cassés. Dans ce film, elle est objectivement fascinante : bouffie, défigurée par la chirurgie et les excès, le visage à moitié paralysé… et sublime. Avec ses cernes, son air d’avoir quinze ans de plus que ses 27 ans, sa peau laiteuse piquée de tâches de rousseurs et d’ecchymoses, son air absent, ses seins — ces seins !!! —, ses gestes nerveux et sa voix cassée. Une Barbie un peu fondue, comme si on l’avait laissée trop longtemps sur un radiateur brûlant.

Seins

Seins !

Par ailleurs, elle joue à la perfection.

Par ailleurs encore, elle promène d’un bout à l’autre du film une élégance white trash un peu rétro, qui la fait ressembler à Elizabeth Taylor après quelques divorces, et m’a donné de furieuses envies …

… de chemise blanche oversize portée en robe, avec brushing 80’s et eye-liner sixties

Lindsay Lohan chemise blanche

… d’un look très Kelly Kapowski dans «Sauvés par le Gong» (créoles XXL, bun XXL, eye liner XXL et top col cheminée sans manche)
Lindsay Lohan look Kelly Kapowski

… d’un trip «Veronica Lake pom pom girl à Miami», à base de peau blanche + maillot une pièce rouge sang + lipstick assorti + lunettes à montures blanches + cheveux qui dégoulinent dans le dos.

Le maillot est un body, shoppable chez American Apparel
Lindsay Lohan look Veronica Lake

… de nuisette chair portée de jour avec le peignoir assorti, une capeline en paille, un maxi sautoir et des spartiates plates plutôt que les groles d’Abba.

Lindsay Lohan

Le trailer, à déguster frappée*

* Mais non, c’est pas une faute d’orthographe : c’est un jeu de mots !

 

 

© Terry Richardson, Love Magazine, KCM

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2 A votre avis ?

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  1. Marion - Il y a 4 années

    Super blog, original, agréable à parcourir, continue !

  2. Cassandra - Il y a 4 années

    Bah zut, la bande annonce m’a donné envie de voir le film. Et moi qui avait commencé à charger mes munitions pour me moquer allègrement… Par contre comment peut-elle bien jouer avec un visage autant figé?

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