Des hauts et débats

Etes-vous Frenchiste ?

Je suis née en Allemagne, de parents tous les deux mi-étrangers mi-français. Ce shaker génétique fait de moi une franco-anglo-allemande. Or le fait d’être allemande, en partie ou en intégralité, n’est pas un booster de vie sociale.

 

Faites votre coming-out germanique, pour voir : au mieux, on vous soupçonnera de passer votre vie à faire l’amour à poil dans des saunas, au pire, on vous prendra pour un nazi psychorigide amateur de grosses voitures et surdoué en foot. Le fait d’être anglaise par ma mère n’est guère plus utile : tout le monde est anglais aujourd’hui, c’est la nationalité la plus consensuelle qui soit – hormis chez les top modèles, mais j’ai la flemme de me reconvertir. Par défaut, restait plus qu’à être Française.

 

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A l’étranger, il y a un nouveau mot pour ça : le Frenchisme.

 

En dehors de l’Hexagone, le fait d’être Française a longtemps été l’équivalent d’un bonnet F : les gens partent du principe qu’on est Catherine Deneuve, même si on est petite, brune, et qu’on ne sort jamais de notre jean. Ici, c’est plus compliqué. Etre Français, en 2014, c’était ne penser qu’à sa gueule en la faisant, se plaindre de n’avoir pas la bonne vue de sa chambre en vacances, soupirer après la petite vieille qui passe devant la queue qu’on vient de griller, se méfier de tout le monde y compris de soi-même, et lester son esprit déjà bien plombé par la météo caractérielle avec des considérations sur un avenir foutu d’avance. Etre Français, c’était un psoriasis identitaire.

 

Et soudain, tadaaaam ! Depuis dimanche dernier, c’est comme si cette exception française dont on finissait par avoir honte s’était pris un coup de défibrillateur : quatre millions de Français de toutes origines, confessions et couleurs sont descendus dans la rue pour soutenir l’humour, la laïcité et la liberté d’expression. Des spécialités AOC, au même titre que la pétanque, la mode et le camembert, dont tout le monde avait oublié l’existence en cette période de French (auto) Bashing généralisé.

 

Depuis le 11 janvier 2015, le monde entier nous kiffe, Obama déclare (en VF) : «Vive la France !», John Kerry se précipite à Paris, des excuses en bandoulière pour n’avoir pas participé à la Fameuse Marche, George Clooney et Angelina Jolie sont Charlie aux Golden Globes… Le fait d’être français n’est plus seulement un moyen de vendre des guides pour s’habiller / rester mince / élever ses enfants comme une Parisienne. C’est devenu un Label Rouge, une garantie d’exigence morale, la preuve qu’une révolution réussie commence entre nos deux oreilles.

 

Whaouh : stylées, du dehors comme du dedans.

 

Eh, si on fait pas gaffe, on risque même de devenir optimistes – imagine !

 

(c) Sissy Vian & Camilla Akrans, Industrie magazine

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5 A votre avis ?

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  1. Carole - Il y a 3 années

    Mmm, si rassure-toi, ça revient : hier dans le bus, je tenais ma gosse de 3 ans par un bras, ma poussette avec mon bébé de l’autre, j’ai avancé un peu, à ce moment-même le bus a redémarré. Là, c’est la catastrophe : une roue de la poussette a effleuré le quart du 8ème du pied d’une vieille (valide, qui se tenait debout d’un bras), qui s’est empressée de me dire sans me regarder : « Aïe mon pied ! ».
    Voyant que les dommages n’étaient que très minimes, je me suis tout de même excusée (polie depuis le 11, remember), et la vieille de me relancer direct « Oui ben j’ai mal au pied QUAND MEME ! ».
    Donc, 2 options, la 1ère : lui dire qu’il y avait pire dans la vie, surtout en ce moment (des gens auraient préféré se faire écraser le pied bien fort plutôt que crever au bout d’une kalach’), et qu’en faisant un petit effort elle devrait à peu près réussir à s’en remettre (tout en réfrénant mon envie de lui en coller une).
    La 2ème : « Le bus a démarré en même temps que j’avançais, je n’ai pas fait exprès, je me suis déjà excusée, je suis désolée ».
    J’ai préféré la 2ème : plus rapide (car elle ne l’a plus ramené), et puis pas sûre qu’elle ait compris la 1ère…

    Donc voilà, t’inquiète, ça revient, les bonnes habitudes !

    • Fiona Schmidt - Il y a 3 années

      C’est con les vieilles, aussi… Mais bravo Carole, tu as fait une 11 janvier. Moi aussi j’ai fait une 11 janvier hier, en me retenant très fort de ne pas brailler : « Ca va, ch’tai pas fait mal ? » au mec qui m’a balancé une porte battante en pleine gueule, sans s’excuser.
      Va falloir qu’on arrête avec cette courtoisie, ça va me filer de l’eczéma mental, à force…

  2. Carole - Il y a 3 années

    Bien vu et bon article, jeune demoiselle (je suis Française et donc polie depuis le 11) !

    • Fiona Schmidt - Il y a 3 années

      Hey Carole, merci pour le compliment 😉 Même à la Poste, les gens ne gueulent plus, c’est presque flippant…

  3. Pat - Il y a 3 années

    Quelle chronique rafraîchissante! Et si on essayait l’optimisme… 🙂

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