Des hauts et débats

Rentrer

S’arracher à la maison de ses rêves avec un bruit de scratch.

Dire au revoir aux oliviers, aux figuiers, à la plage, aux cigales, aux siestes longues comme un mandat de François Hollande, aux promenades pieds nus dans les champs, aux pastas à tous les repas et aux paréos Photoshop, au sable au fond du lit, à Faulkner, Toni Morrison, Virginie Despentes, Joan Didion, Joyce Maynard… et tous les autres, qui ont fait ronronner mes neurones des heures et des heures.

 

Dire au revoir au hasard, qui m’a fait rencontrer ce Monsieur dont il faut que je vous reparle.

 

Dire au revoir au Monsieur, pleurer quelques gouttes.

 

Regarder l’été s’éloigner par la fenêtre ouverte de la voiture. Rappeler le hasard, lui demander tout bas un rab de vacances, même un bout de rab. Un os de rab. Rester alors bloquée sur l’autoroute pendant deux heures, rater l’avion, passer la nuit dans un hôtel à peine plus chaleureux qu’une cellule de dégrisement. Trouver que le hasard a un sens de l’humour particulier, des fois.

 

Atterrir à Paris sous la pluie battante, le sourire noué sous le menton, suivre le ruban doré des vacanciers repentis vers le tapis à bagages, puis les embouteillages, le métro, les 525 mails non lus, la boîte aux lettres qui déborde, septembre, la vraie vie.

 

Attendre.

Comparer discrètement son bronzage à celui de la voisine. Gratter distraitement la piqure d’un fantôme de moustique.

 

Attendre.
Attendre.
Et attendre, et se sentir comme la dernière carotte de la macédoine quand le tapis s’arrête.

 

Sans ma valise pleine de linge sale,  d’huile d’olive et de souvenirs.

 

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Péter un nano-plomb au comptoir bagages perdus, ramasser son sac de plage en paille, planquer sa haine de tout derrière des lunettes en forme de coeur, avoir l’air con, avec sa colère et ses lunettes de gosse sous les gros nuages noirs qui pendent du ciel comme les seins fatigués d’une vieille nourrice.

 

Et puis le RER. Les gens bronzés qui font la gueule, la foule, « la vie en rose » raclée sur un accordéon délabré, les pubs pour des endroits paradisiaques qui appartiennent au passé, des pubs pour des nouveaux cartables, des nouveaux crayons, des nouveaux frigos, des nouveaux ordinateurs, des nouveaux films, des fringues avec des manches, des boutons et de la laine.

 

Les barres d’immeubles gris sur lesquelles luttent des tags aux couleurs d’ailleurs, les antennes hérissés comme des poils sur les balcons où quelques géraniums perdent stoïquement leur sang, le cliquetis familier des wagons du métro, les touristes, les Français, ma station.

 

Les pavés parisiens, ma rue, le voisin qui m’adresse un pâle sourire, la boulangerie qui a rouvert, les enfants pressés de retourner à l’école, l’ascenseur en panne – heureusement que ma valise est restée en vacances.

Et puis le chat.

Ah, mon chat

 

Bonne rentrée à tous, mes chéris.

Je vous embrasse fort,
F.

 

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10 A votre avis ?

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  1. Merrygoroundgirl - Il y a 2 années

    Quel joli texte pour aborder un sujet qui fâche un petit peu. C’est étrange de voir à quel point tout le monde attend avec impatience l’été toute l’année, et puis de se rendre compte que finalement il passe aussi vite.
    Mais force est de constater que malgré tout, ton chat reste fidèle et qu’il t’a attendu pour cette rentrée 🙂

    Bises,
    Céline.

    • admin - Il y a 2 années

      @Merrygoroundgirl : à ce sujet, si tu veux bien signer ma pétition pour que l’été dure 10 mois… XoXo

  2. Claire - Il y a 2 années

    Aaah tout ça je ne connais pas ! J’habite au bord de l’océan justement là où tout le monde vient passer ses vacances, alors là, tout le monde est reparti ou presque; et il y a toujours le soleil, la mer, la forêt, le vélo toussa toussa… Même l’école a un goût de vacances avec les papas à la sortie, torse nu, du sable sur les jambes et la planche de surf dans la voiture 🙂 allez, sans rancune, hein ?!! Bisous

    • admin - Il y a 2 années

      @Claire : pute. (mais bisous quand même, je suis pas rancunière 😉

  3. Lou et Swann - Il y a 2 années

    Tellement bien écrit cet article sur la rentrée dont je parle moi aussi sur mon blog.

    Christine

    • admin - Il y a 2 années

      @Lou et Swann : MERCIIIIIIIIIIIIII <3<3<3

  4. mamou - Il y a 2 années

    Dit comme ça, le retour de vacances est poétique, bucolique même si nostalgique. Quel beau tour de plume!
    I love reading you… and I love you
    You should gather all your favourite moods/ feelings collected in your heart – and print them

    • admin - Il y a 2 années

      @Mamou : Well well, I may have some ideas about dat, Mummy love 😉 Keep tuned.

  5. PoireauOrange - Il y a 2 années

    Ça va avoir l’air bête dit comme cela mais j’adore tellement venir ici et sortir des « Hesh, t’as pas un euro ? » que j’entends à longueur de journée de la bouche de celui qui partage mon ADN mais en un peu plus jeune. Un peu de poésie, beaucoup de beau. Et j’aime beaucoup le beau.

    Une bonne nuit.

    • admin - Il y a 2 années

      Bonne nuit chère Poireaute. Et plein de baisers.

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