Des hauts et débats

Les blogs mode au temps du terrorisme (et des Pokémon)

Peut-on parler d’autre chose que de Daesh ou de Pikachu cet été, et si oui, de quoi, comment, et avec qui ? Vous avez quatre heures.

 

tumblr_nd7iyml67I1qktfamo1_1280(c) Pokémon & fashion

 

Ceci devait être un post consacré à ma passion récente pour les tutos beauté, que je découvre émerveillée avec un siècle de retard (mon côté late adopter). Hélas, je ne suis pas assez immunisée contre l’actualité pour que mon esprit swipe complètement à gauche. J’adorerais arrêter de penser, ne serait-ce que pour perdre trois kilos de cerveau avant le maillot, j’adorerais moi aussi pécho des Pokémon avec la candeur enthousiaste d’une adolescente à sa première boum, mais je n’y arrive pas. J’ai jamais été fan de Pikachu, en plus : je préfère My Little Pony.

 

Or le terrorisme et les bestioles mignonnes de Nintendo sont les deux sujets majeurs sinon exclusifs de cet été schizophrène. L’équivalent pour les journalistes de trois kilos de riz sur Koh Lanta, et l’assurance d’avoir de quoi écrire pendant tout l’été, en général une période de jachère de l’info. Daesh, Cazeneuve et Pikachu : les héros de 98,2% des échanges avec mes proches de la petite et de la grande couronne (amoureux & amis + collègues, commerçants & chauffeurs de Uber).

 

 

Depuis le 14 juillet, je passe donc des moments surréalistes, en compagnie d’adultes au front plissé et au bras télescopique, capables de s’exclamer dans une même phrase :  » Non mais attends, Cazeneuve il est pas tout blanc dans cette affaire, il devrait démissio… Oh putain, OH PUTAIN, j’en ai eu un !! »

 

tumblr_ndgsaxuU7B1qktfamo1_1280(c) Pokémon & fashion

 

Je ne juge pas, je m’interroge. Faut-il ruminer tout haut les infos que l’on absorbe à longueur de journée ? Faut-il apporter sa pierre à la tour de Babel version Armageddon qui tient désormais lieu d’agora ? Continuer de partager les dessins-hommage aux victimes sur les réseaux sociaux ? Parler d’autre chose fait-il de nous de mauvais citoyens ? Parler empêche-t’il la peur de grignoter progressivement l’optimisme le plus farouche, l’humanisme le plus vertueux, les volontés les plus sincères de continuer de vivre « comme avant » ? Les Pokémon sont-ils le nouvel opium du peuple, maintenant que la religion est son poison ?

Quel est l’intérêt de marcher des kilomètres pour capturer des bestioles imaginaires avec son téléphone ???

 

Je n’ai pas la prétention d’apporter une réponse rationnelle à des sujets qui dépassent l’entendement. Ce que je sais, c’est que malgré moi, je marche, je pense, je vis et j’écris  désormais sur des oeufs (de Pokémon), parce que malgré moi, je sursaute au moindre bruit suspect, j’ai peur de provoquer la haine d’un psychopathe, de prendre le métro, d’être coincée dans des embouteillages, et de perdre les gens que j’aime. Je sais aussi que, comme vous sans doute, je dois me résoudre à vivre avec cette peur, plutôt que de la combattre par le nihilisme ou la bravade, comme après les attentats de novembre – il y a 6000 ans.

 

Et si le fait d’attraper des Pokémon dans une réalité de plus en plus virtuelle aide à délester son esprit de quelques kilos : cool. Perso, je préfère attraper des coups de soleil, amarrée à mon mojito, comme à l’époque où la météo et les apéros étaient les sujets estivaux préférés des Français.

 

 

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1 A votre avis ?

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  1. PPCC - Il y a 1 année

    Ma réponse est oui, on peut et il FAUT… Trop en parler est-ce que c’est une manière de rendre hommage aux victimes ou également une façon de glorifier ces malades qui se prennent pour des martyrs? En tout cas… Avec cette époque de merde, ça fait tellement du bien de lire des bêtises…
    Rions!
    Gros bisous et une pluie de sprinkles, parce que ce serait beau!
    PPCC

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