C’est fou, toutes les choses bien plus agréables à faire seule plutôt qu’à deux ou plus… J’en faisais justement la liste non exhaustive ce week-end, que j’ai passé en tête-à-tête-à-tête-à-tête-à-tête avec moi-même*.

 
margaret-durow-03
 
Lire. Il y a des gens qui aiment lire à deux, l’un par-dessus l’épaule de l’autre, ou l’un à voix haute pour l’autre. Personnellement, je déteste ça, j’ai l’impression de faire pipi la porte ouverte. Je déteste lire à quatre yeux, et je déteste lire des pages déjà lues par d’autres : lire le Parisien commun au café : brrrrrr…Contrairement aux hommes, que je préfère d’occasion, patinés par l’usage que d’autres femmes en ont eu avant moi, j’aime les livres et les journaux neufs, et j’aime en avoir un usage exclusif (des hommes aussi, remarque).
 
Prendre un bain. Les magazines féminins qui affirment que le fait de prendre un bain avec un homme est le summum de l’érotisme n’ont manifestement jamais partagé une baignoire parisienne avec Monsieur Schmidt, 90 kilos de muscles et d’intelligence, sauf en ce qui concerne le maniement du pommeau de douche. Ou alors, j’ai jamais lu les tout petits caractères en bas de l’article, là où on explique comment avoir envie de baiser dans une salle de bain qui ressemble à l’Aquaboulevard un samedi soir.
 
md18
 
Lécher les vitrines (de l’intérieur). Je fais partie de cette majorité de Françaises à préférer faire du shopping seule, parce que 1/ j’aime chercher l’aiguille dans la botte de foin pendant des heures, là où la plupart des gens préfèrent acheter la botte, et rentrer à temps pour les « Marseillais », 2/ les gens ont souvent des goûts de merde – « Amour, prends pas ce jean, on dirait Jacques Chirac qui sort de l’hosto, prends plutôt cette mini-jupe, elle irait super bien avec des grandes bottes à talons brillants ! », et 3/ mon découvert ne regarde que mon banquier et moi.
 
Manger une glace italienne, un burger, des spaghettis bolognaise ou des fruits de mer. Les plats les plus savoureux sont souvent ceux qui vous ruinent la glam’cred’, dit-elle, après avoir génocidé une famille de crabe à coups de mayonnaise samedi soir.
 
tumblr_n3av0szpj61ried9go8_1280
 
Discuter avec le chat. Mais ça c’est parce que c’est mon chat : il est le seul à me comprendre vraiment, et en plus d’être beau et câlin, il est surdoué : le véto lui a fait sauter une classe.
 
Aller au cinéma. La communion anonyme dans une salle obscure qui sent le sucre, la poussière et le velours chaud… Les pop corn qui font du bruit entre les deux oreilles… Les petites vieilles qui finissent une conversation à côté… Les amoureux qui s’embrassent juste devant… Les dernières notes du générique puis les lumières qui se rallument sur une salle vide, à l’exception de cette personne aux yeux humides et vagues… Les films durent plus longtemps quand on va au cinéma seule, parce qu’ils continuent à l’intérieur de nous.
 
margaret-durow-col-zeb1
 
Pleurer au cinéma. Plus jouissif encore que d’aller seule au cinéma : ouvrir les écluses de ses canaux lacrimaux dans le noir, au milieu d’inconnus, devant un film que le/la réalisateur/trice a écrit en pensant manifestement à vous. Pour cela, je vous conseille d’aller voir « Toni Erdmann » de Maren Ade, l’un des plus beaux films que j’ai vus cette année, et « Frantz », de François Ozon. « Victoria » de Justine Triet est pas mal non plus, dans un genre moins humide.
 
Fumer. Contrairement au verre de vin, souvent meilleur quand on le partage, la meilleure clope est souvent égoïste.
 
Se masturber. Ce vilain verbe… On dirait une fin-de-série de consonnes et voyelles balancé entre deux pages du Larousse à 18h56, par un lutin pressé : « Oh et puis merde, tant pis si ça évoque autant le plaisir qu’une essoreuse à salade, de toute façon, ça rend sourd, et j’ai pas envie de rater mon RER ! » Quoi qu’il en soit, les femmes prennent souvent davantage de plaisir solitaire quand elles sont effectivement seules, plutôt qu’en cuissardes et culotte fendue devant un car de CRS en chaleur. C’est fou, hein ?
 
y
 
Ce week-end donc, pendant que Monsieur Schmidt et sa descendance étaient à Barcelone, je suis restée seule comme un rat. Je n’ai vu personne, je n’ai pas répondu au téléphone, j’ai suspendu toute activité sociale pendant 48 heures, par choix. Pire : par goût.
 
Jusqu’à l’âge de 20 ans, je préférais être accompagnée que seule. Peu importait que je le sois bien ou mal (accompagnée), l’essentiel était que je ne me retrouve surtout pas en tête à tête avec moi-même (poke, M). J’ai donc passé les vingt premières années de ma vie sous perfusion affective : je collectionnais les amis comme d’autres les Pokémon, je me remplissais de l’attention que l’on me portait, j’étais toujours dix, rarement moins de deux. Si les gens avaient été des graines, j’aurais eu en permanence une tronche de hamster satisfait. La solitude était alors pour moi une sorte de MST sociale, une maladie un peu honteuse contractée par les premiers de la classe et ceux qui n’arrivaient jamais à monter à la corde en cours de gym. Je m’immunisais contre cette solitude-là en riant aux blagues que je ne trouvais pas drôles, en sortant avec des garçons qui embrassaient comme des tiques, en portant les mêmes Timberland que tout le monde.
 
margaret-durow-col-moonphase
 
Je confondais alors la solitude et l’exclusion, l’abondance sociale et la richesse intérieure, la solitude subie et la solitude choisie, que nos sociétés surconnectées ont de plus en plus tendance à confondre en un seul et même fléau. Aujourd’hui, en dépit ou sans doute, grâce à un entourage de grandes qualités, j’aime me couper du monde de temps en temps et rester seule avec moi-même (et le chat, mon alter ego). Lorsqu’elle est choisie, la solitude est un luxe, un plaisir de fin gourmet, au même titre que les huîtres, le vin rouge et le foie gras : un plaisir d’adulte, peut-être, que l’on apprécie dès lors que l’on cohabite pacifiquement avec la personne qui nous observe dans le miroir tous les matins.
 
Je vous laisse méditer là-dessus, je vais regarder le replay de Koh Lanta avec Monsieur Schmidt – car Koh Lanta est clairement une activité sociale, pour le coup !
Du love, et de l’envie d’avoir vos impressions sur la question.
F.
 

* nan, je suis pas bègue à l’écrit, c’est juste que dans ma tête, on est 40. Du coup, même quand je suis seule, y a foule et faut pousser les meubles là-haut.

 
margaret-durow1
 
(c) Margaret Durow