Mon cerveau est un grenier dans lequel s’entassent les souvenirs poussiéreux, les projets avortés, les cadavres des choix que je n’ai pas faits, les os de ceux que j’ai faits, et les fantômes des rêves enfuis pendant mon sommeil.
 

Mon esprit est un bordel mal rangé d’ombres et de lumières, de colères noires, de peurs irrationnelles et d’espoirs sauvages, un théâtre baroque traversé de courants d’air qui font frissonner les rideaux et claquer les fenêtres. C’est sur cette scène instable que mon imagination se débat contre les bruyantes émotions qui l’envahissent tous les jours ; la plupart du temps, bonheurs et petits malheurs parviennent à cohabiter sous le chapiteau de mon crâne, quitte à se serrer un peu les uns contre les autres. Mais il y a deux semaines environ, mon imagination s’est barrée sans prévenir, avec tous les mots de ma boîte à outils, et mon envie d’écrire.
 

05-cattelan.nocrop.w1800.h1330(c) Toilet Paper

 
Voilà pourquoi j’ai si peu posté ces derniers jours, mes trésors : j’avais une capote usagée à la place du cerveau, avachie sur deux neurones en gants de toilette tout secs – pardon si vous êtes à table. Imaginez la fameuse scène de “Ghost”, avec un Patrick Swayze manchot : c’est à peu près l’état dans lequel je me traîne depuis mon dernier post.
 
Vidée comme Paris en août, vide comme la carapace d’un crabe pendant sa mue. Privée de mots, d’enthousiasme, de confiance en moi, la peau et les membres accrochés tristement au clou rouillé de mon esprit désert. Comme s’il m’avait fait un doigt d’honneur, à force que je le sollicite : “J’ai l’impression d’être la place de l’Etoile à l’heure de pointe, y en a marre, fous-moi la paix !”
 
Je le comprends, le pauvre : je fais trop de choses en même temps, je remplis ma vie comme Gérard Depardieu remplit son estomac, si bien que de temps à autre, je me réveille avec une gueule de bois existentielle, et une grosse envie de Larzac. Si seulement je pouvais me quitter de temps à autre pour prendre des vacances ! Je serais ainsi contente de me retrouver, un peu comme je suis heureuse de retrouver l’effervescence de Paris début septembre, après un mois à contempler le soleil s’alanguir sur l’horizon, avec rien d’autre entre les deux oreilles qu’une paille, et quelques bulles de mojito. Quant même, ce con de cerveau aurait pu attendre quelques jours avant de me lâcher sur l’autoroute, au milieu de ce flot ininterrompu de tendances à suivre, d’actu à décrypter, d’avis à donner, de photos à liker, et de bons mots, de blagues et d’anecdotes à échanger comme des images Panini ou des Pokémon.
 
J’ai l’air con, moi, maintenant, avec mon silence et mes promesses de posts pas écrits.
 
En plus si ça se trouve, vous êtes partis fumer l’herbe plus verte de l’un des milliers de blogs qui poussent tous les jours sur les internets.
 
Alors j’en fais quoi, des bourgeons d’idées qui éclosent timidement sous mon scalp ?
 
Bon, enfin. Je vous embrasse fort fort fort, et me colle un doigt dans le nez pour empêcher mon esprit de dégringoler sur mes chevilles. Et j’espère que vous tous qui me lisez régulièrement, vous allez bien tous les deux,
Fiona