Quelque part entre les abdos de David Beckham et la silhouette briochée de Seth Rogen, il y a le «corps de papa», devenu LE phénomène viral de ce début d’été. Arme de séduction massive, prétexte pour laisser pousser son propre tour de taille, ou grosse blague sexiste ? Tranchons.

BBjfbVJ.imgMiam, le bidou en pain de mie Harris de Leonardo di Caprio !

 
J’étais au fin fond du Pérou lorsque l’actualité a hoqueté ce rebondissement majeur dans l’histoire de l’esthétique : le gras est le nouveau muscle – chez les mecs, en tout cas.
 
Typique de la mode, ça ! Je passe cinquante semaines à flairer l’air du temps, la truffe humide et la patte levée à 45°, et cette garce attend que j’éteigne mes lumières pour changer les règles du je ! Je résume donc pour celles qui, comme moi, ont passé ces derniers jours en mode avion : le 30 avril dernier, une certaine Mackenzie Pearson publie un post dans lequel elle célèbre le «dad bod», ces abdos Play Doh qui disent : «Je vais à la gym de temps en temps, mais je bois comme une Porsche Cayenne le week-end et je ne crache pas sur un petit McDo occasionnel.» Selon l’étudiante américaine de 19 ans, sortir (et surtout, rentrer) avec un homme qui affiche des petites poignées d’amour hédonistes est rassurant, car (je cite) «on aime toujours être «la plus jolie des deux». On aime qu’on nous dise : «Vous êtes beaux ensemble», pourvu qu’on reste le centre de l’attention. Et on aime se sentir mince. Or plus notre mec est imposant, moins on a besoin de régime.»
 
«Génial !», s’est aussitôt exclamé un choeur de journalistes masculins, tandis que leurs congénères anonymes faisaient un «bidon outing» sur les réseaux sociaux, derrière le hashtag #dadbod… qu’ils soient multipares ou pas, d’ailleurs. «Bisque bisque rage !», ont sans doute pensé Leonardo Di Caprio, Jay-Z et les frères Madden en levant un sourcil revanchard devant les abdos en fer forgés de Zac Effron, Jamie Dornan ou Mark Wahlberg. «Tellement vrai !», s’est pâmée une partie de la presse anglo-saxonne, tandis que l’autre moitié dénonçait le sexisme de cette apparente révolution copernicienne du cool, arguant que les hommes, y compris ceux carrénés comme des Twingo, ne fantasmeraient jamais sur les «Mom bod» («corps de maman») – à moins qu’ils n’appartiennent à Gisele Bundchen ou à Jessica Alba, évidemment. Le féminisme passe, et les clichés demeurent : un homme affichant un léger embonpoint est considéré comme “puissant”, alors qu’on pensera d’une femme aux caractéristiques équivalentes qu’elle est “grosse”.
 

tumblr_lkeasp3bmt1qj4s7po1_1280Les frères Madden, en formes

 
Et moi, alors ? «Mmmmhmmmh», ronronné-je en douce, le regard enveloppant les abdos sculptés au camembert de Monsieur Schmidt (j’ai le regard comme l’esprit : large). Pas parce que le diamètre de mon mec réduit le mien par effet d’optique, ni parce que sa petite bouée est l’antivol le plus efficace contre les voleuses de fiancés. Mais juste parce que je n’ai pas attendu la mode pour aimer enfoncer mes ongles dans la chair plutôt que de les casser contre un torse en chêne : mon côté hédoniste à moi.
Et vous, ça vous inspire, les dad bods ?
Guilis guilis,
F.