“Personne n’est parfait, ce qui n’empêche pas de briguer la deuxième marche du podium” (Moi).
 
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Le monde se divise en deux catégories : ceux qui commandent une pizza après une longue journée de boulot, et ceux qui préfèrent faire la pizza eux-mêmes, parce que « ce sera meilleur. » Ces dernières – car ce sont souvent des femmes – sont majoritaires : selon une récente étude, quatre femmes sur cinq s’efforcent d’être parfaite, et 80% d’entre elles estiment qu’elles ne parviennent pourtant pas à avoir une vie amoureuse et familiale épanouie, une carrière exemplaire, une vie sociale et culturelle riche, un salon looké comme dans Arts&Décoration, le style de Kate Moss, un crumble d’agneau confit au four, et des abdos en fer forgé (tiens donc ?).
 
Et puis, il y a moi. Moi, je recommence la pizza jusqu’à ce que Jean-François Piège me demande la recette, et la mette à sa carte.
 
Je suis née über perfectionniste : ma mère a mis 27 heures à accoucher, parce que je ne voulais pas rater mon entrée dans le monde. J’avais déjà une semaine de retard, à force de tergiverser sur la forme de mes pouces ou l’opportunité de naître Sagittaire plutôt que Scorpion, et je serais probablement restée là où j’étais jusqu’à mes dix-huit ans si le chef de la maternité de la Stadtklinik de Baden Baden (République Fédérale d’Allemagne) n’avait pas décidé que je suffisais comme ça. J’ai donc fait mon apparition sur Terre un dimanche soir de la fin novembre, en pleine tempête de neige, et en explosant les records régionaux en terme de taille (56 cm au garot, sans talons) et de poids (4,3 kilos). Perfectionniste, et drama queen. Déjà.
 
Ca n’allait pas s’arranger.
 
Au CP, j’ai appris par coeur tous les mots du dictionnaire commençant par A après avoir fait une faute à « appeler » dans une dictée.
J’ai voulu redoubler mon CM2 parce que j’étais deuxième de la classe.
J’ai juré de repasser mon bac si je n’avais pas au moins la mention Bien.
J’ai passé deux DEA en même temps, plutôt que l’un après l’autre (ou un seul. Ou aucun.)
Je bosse mes articles quinze heures par jour, malaxant les mots comme une pâte à pain, jusqu’à ce que chaque accent soit perpendiculaire à sa voyelle, chaque virgule bien parallèle les unes aux autres.
Il m’arrive encore de reprendre un post publié parce que je ne suis pas satisfaite de sa chute.
 
Si je n’étais perfectionniste qu’au travail…
 
Mais je le suis également en amour, en amitié, en belles-filles, en cheveux, en fesses, en looks, en vacances, en déco, en ménage, en cuisine… Le premier plat que j’ai préparé à Monsieur Schmidt était un risotto. Trop salé. Il a bouffé du risotto jusqu’à la lie, jusqu’à ce qu’il soit parfait (le risotto, pas Monsieur Schmidt : Monsieur Schmidt est plus-que-parfait. Je dois le regarder avec des lunettes de soleil, pour tamiser son aura).
Même en sport, je suis perfectionniste. J’ai arrêté la natation, le seul et unique sport dans lequel j’aie jamais brillé (bon d’accord, clignoté), parce que malgré tous mes efforts, je n’étais pas assez rapide pour nager dans le couloir des pros, à la piscine des Halles. Plutôt tout arrêter que d’admettre que je suis juste « passable. » Du coup, je ne fais plus rien, j’ai un point de côté en faisant mes lacets. Même en m’en-foutisme, je suis perfectionniste.
 
Or le perfectionnisme, c’est comme le sport : c’est épuisant.
 
De plus en plus épuisant, même, puisque les critères de perfection ne cessent d’évoluer, en fonction des ténors des réseaux sociaux, qui eux-mêmes changent sans arrêt, et sont de plus en plus jeunes, minces, beaux, diplômés, jobés, branchés et connectés que moi.
Alors quoi ? Comment vit-on dans une société où le monde semble appartenir à ceux qui se lèvent hier, quand on a soi-même tendance à se lever la semaine prochaine ?
Sincèrement, je n’ai pas trouvé l’antidote au perfectionnisme. Néanmoins, le plaisir semble assez efficace. Or j’ai pris beaucoup de plaisir à imaginer ce nouveau blog pour vous (oui, tout ça pour ça, excuse my incontinence épistolaire). Il est sans doute imparfait, il ne cassera probablement pas les internets, et si ça se trouve – ça m’étonnerait mais imaginons -, il existe des blogs mieux foutus, plus drôles et mieux achalandés que celui-ci.
(Genre !)
Cheers quand même, chers Schmidters fidèles, occasionnels ou inoppinés (en fait, vous cherchiez le blog de Deedee ? C’est la porte à côté). Et merci d’être là.
 
J’attends avec impatience vos commentaires sur ce relooking.
Je vous embrasse fort,
F.