… Encore plus folle, s’entend (“Eh beh !”, dodeline mon psy, tandis que son esprit convertit déjà l’information en vacances sous les Tropiques. Le post qui suit devrait lui assurer un Noël aux Maldives (je soupçonne mon psy de continuer de me fréquenter rien que pour cumuler des Miles…)).

 
J’ai toujours été folle de mode, au sens littéral du terme. Mes parents se souviennent encore de l’acte 3 scène 2 que j’ai fait à quatre ans pour qu’ils m’achètent des ballerines vernies plutôt que les boots fourrées, plus compatibles avec le rude hiver allemand, que nous étions venus chercher. Il paraît que je me suis allongée les bras en croix en plein milieu du magasin, refusant de marcher temps que je ne serais pas chaussée dignement. (J’ai eu mes ballerines, évidemment. Ne jamais se laisser emmerder par ses parents : après tout, leur retraite est entre nos mains. Ou, en l’occurrence, à nos pieds.)
 
Je me suis levée à 4 heures du mat’ pour une vente presse Chanel qui ouvrait ses portes à 10h (et il y avait 300 personnes devant moi. Non mais, LES GENS !!!).
J’ai acheté des baskets trop petites parce que c’était la dernière paire, et prétendu, les mâchoires crispées, être dedans “comme dans des pantoufles” aux gens qui me demandaient si elles étaient confortables.
J’ai fait semblant d’être enceinte pour griller la queue devant H&M, le jour du lancement de la collab’ Margiela.
J’ai emprunté le jeune fils d’une amie pour amadouer la physiote des ventes presse de Pierre Hardy, pour le mettre sous iPad (le jeune fils, pas Pierre Hardy), dans un coin près de la caisse, pendant que je creusais mon découvert au marteau-piqueur pour des pompes que je ne porterais jamais.
J’ai filé mon iPad à cet enfant pour qu’il prétende avoir passé l’après-midi aux Tuilerie.
Je n’ai quasiment pas eu honte (en tout cas, mon inconscient n’a rien senti.)
J’ai prétexté avoir une interview à l’extérieur pour inaugurer le corner Topshop des Galeries Lafayette.
Je me suis fait gauler dans les cabines d’essayage par ma rédac’chef de l’époque.
J’ai porté une perruque brune pour ressembler à la copine dont j’avais emprunté la carte d’identité pour entrer dans une vente ultra privée Balenciaga.
J’ai fait tomber ma perruque en essayant une robe entre deux portants.
J’en passe, et des pires.
 
Et puis j’ai eu trente ans, un sursaut de dignité, et autre chose à foutre. J’ai arrêté de poireauter trois heures sous la pluie pour acheter des fringues à la DLC dépassée après la caisse, pour perdre deux heures chaque semaine à la Poste (au chaud), afin de renvoyer mes commandes internet (gratuitement). Je suis devenue adulte, en somme.
 
C’est la collab’ Christophe Lemaire pour Uniqlo qui m’a fait replonger. Moi je ne voulais pas, j’étais tranquille à la Poste, avec mes paquets ASOS, c’est lui qui a commencé, avec sa collection parfaite, là…
 
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Pour celles qui ne le connaîtrait pas, Christophe Lemaire est l’ancien directeur artistique de Lacoste, puis de Hermès (il a succédé à Paul Gaultier en 2010). Depuis l’année dernière, il se consacre entièrement à sa marque éponyme, dont je suis une fan inconditionnelle depuis ses débuts.
 
Eh oui, amies modeuses qui ouvrez des yeux grands comme des baies vitrées : j’aime autant les sequins dorés que le minimalisme austère de Jil Sander période Jil Sander, The Row, ou donc, Christophe Lemaire. Dans mon dressing, on trouve autant de pantalons noirs que de robes lamées ras la conscience – c’est la demie mesure qui m’ennuie.
 
Or justement, j’étais en panne de fute parfaitement coupé et de pull non imprimé Petit Poney lorsque l’invitation au vernissage de la collection Lemaire pour Uniqlo m’est parvenute. Ca se passait hier, entre 19h et 21h, pile le soir de la Première de Cats, à laquelle j’avais promis d’emmener ma mini belle-fille.
 
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“Sort, je ne te laisserai pas faire de moi ton jouet !”, ai-je alors tonné, poing levé vers le ciel.
 
C’est là que j’ai senti un fusible sauter sous mon crâne : à partir de 18h, je ne me souviens plus de rien, mais d’après les témoignages, il semble qu’à 18h17, j’aie arraché l’enfant à son cours de danse – “Viens en tutu chérie, on s’en fout, c’est fashion week !” – pour la fourrer dans le métro, et m’en servir comme bélier pour fendre la foule compacte qui se pressait devant les portes du magasin. “PRENDS LE PULL RAYE, ET LE CARDIGAN, LE CARDIGAN NOM DE DIEU !!!”, lui aurais-je alors suggéré, à 19h12, tandis que je lui faisais la courte échelle pour qu’elle escalade le dos de mes consoeurs. Il paraît que je l’ai ensuite poussée entre les jambes du physio qui limitait l’accès à l’espace central du magasin en braillant : “VA CHERCHER LA CAPE, VA !”, avec la ferveur d’un candidat de Fort Boyard dont le partenaire est plongé dans un bocal à requins. J’attends les preuves, mais le fait est que nous sommes sorties d’Uniqlo à 19h37, les yeux ronds comme des jantes de bus (elle), deux énormes sacs sous le bras (moi), pour arriver tranquillement au théâtre Mogador, qui fermait ses portes lorsque nous nous sommes jetées à plat ventre dans le hall.
 

goods_167096_sub2Chemisier sans col, 39,90€
goods_167077_sub4Trench homme, 149,90€ (je l’ai pris en XS, il est dingue)
goods_166419_sub3Cape en laine mérinos, 69,90€ (j’ai dormi avec tellement elle est chic, douce, et divinement coupée)
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goods_166401_sub4Pull court en laine, 39,90€
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goods_161247_sub4Manteau en cachemire et laine, 179€
goods_161231_sub2Veste en laine mérinos, 69,90€
goods_151958_sub2Pull en laine et cachemire, 59,90€

 
Le spectacle était formidable, le dîner (un paquet de Maltesers gisant au fond de mon sac) aussi.
 
Et toute la collection est vendue sur l’e-shop d’Uniqlo, comme je l’ai découvert ce matin.
 
Je vous embrasse fort, et attends que vous me racontiez vos folies commises au nom de la mode, histoire que je me sente moins seule…
Fiona
 
NB : aucune enfant n’a été abîmée au cours de cette soirée. Pas assez en tout cas pour l’empêcher de chanter ça en boucle.
(attention, cette chanson colle au cerveau comme de la peinture fraîche au pantalon)
 
https://youtu.be/mG6NMhv-Av0
 
J’avais prévenu.