J’étais partie pour scroller des kilomètres à petites foulées regarder des tutos coiffure écrire le papier que je dois rendre hier à Cosmo, quand soudain.

 
Une pensée a traversé mon crâne d’est en ouest sans regarder, et s’est encastrée dans mon lobe frontal.
 
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Je m’étais pourtant jurée de penser le moins possible (par cette chaleur, mes neurones peuvent prendre feu brusquement, et il est encore un peu tôt pour éteindre un début d’embrasement intellectuel au Côtes-de-provence) ; hélas, tel le jeune morpion dans un dortoir de scouts, mon cerveau n’en fait qu’à sa tête. Enfin, qu’à la mienne.
 
Cette pensée, la voici : pourquoi s’emmerder à être toujours plus (connectée, branchée, populaire, jeune, mince, riche, mais surtout : connectée et branchée (et populaire, jeune, mince et riche)), alors que le vrai statement, la tendance zénithale sur l’Olympe de la hype, est à la rédemption, et non au sprint de fond ?
 
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Jadis, à l’époque où les LOLcats étaient juste des chats et ne constituaient pas encore des informations, j’aérais mon esprit au théâtre, dans des musées, des parcs, des galeries d’art ou des pintes de blonde. Aujourd’hui, je compresse mon esprit surchauffé entre les bords de mes écrans : je suis au courant de tout, tout le temps. Je lis cinquante journaux en ligne, dont 90% en anglais. J’écoute au moins la moitié de toutes les nouvelles conférences TED (en anglais et en français). J’archive une vingtaine d’articles aux titres racoleurs dans l’intention de les lire en entier un jour, plus tard, au calme, afin de me forger ma propre opinion et éviter ainsi d’emprunter par confort celle de leurs auteurs. Je pisse des smileys, des photos vintage et des LOL sur le mur des amis que je n’ai plus le temps de voir IRL, je cherche le gif le plus spirituel et le plus assorti au trait d’esprit qui a péniblement creusé  un sillon dans le caillot de To-Do Listes qui me sert de cerveau. Je parle en hashtags, en emoji, en acronyme, en Pokémon, en PNL, en Maître Gimms. Je ne m’enthousiasme plus, je regramme.
 
Je benchmarke les blogs et les comptes Instagram des gens plus populaires que moi, et je caresse ma boîte de Lexomil si la photo que j’ai passé trente minutes à sélectionner parmi les 16 000 photos stockées dans mon iPhone 6SPlus 64Go score moins de 100 likes. Je m’endors avec les stories de gens que je ne connais pas et dont je n’ai rien à foutre, j’ai une tête de chien, d’abeille ou de lapin sur la moitié de mes selfies, que je retouche systématiquement avant de les soumettre avec angoisse au verdict de gens que je ne connais pas et dont je n’ai rien à foutre.
 
J’ai 800 projets en cours, 12 boulots, 1 kaléidoscope de rêves empruntés à d’autres, 130 paires de chaussures, 9 tatouages, 3 soirées par vendredi, 72 podcasts en attente d’écoute, 45 minutes de retard en moyenne, 14,3 de tension, 54 sujets de frustration quotidiens, douze idées de sujets par jour dont treize tombent à l’eau faute de temps pour les écrire.
J’écris sous filtre au lieu de parler sans filtre.
Je vis à crédit, au-dessus de mes moyens intellectuels.
 
 
Fail ! Fail de force 10 sur l’escalator en panne de la hype !
 
 
Car la vraie hype mes chéris, c’est de rester vrai, comme on dit dans cette usine de contrefaçons qu’est la télé, et d’attendre son heure, droit dans ses bottes, comme dit Alain Juppé, qui s’y connaît en matière de fashion rédemption. (#bordeauxlenouveaubrooklyn)
 
Prenez Céline Dion, en justaucorps de patineuse à Las Vegas hier, aujourd’hui au premier rang des défilés Couture à côté d’Inès de la Fress, sapée comme jamais par Vetements, Fendi et Balenciaga. Hier ringarde comme un sandwich au thon, aujourd’hui plus hype qu’un cours de yoga chez Colette, elle se produit à guichets fermés à Paris devant un parterre de hipsters nostalgiques de leur adolescence Titanic, et leur vendra son nouvel album par packs de douze (sortie le 26 août).
 

celine-dion-vetements-hoodie-titanic-paris-couture-fashion-week-style-antidote1en Vetements
en Barbara Bui (à gauche), et Fendi (à droite)
Capture d’écran 2016-07-19 à 15.04.26en Balenciaga
Capture d’écran 2016-07-19 à 15.04.38en Off-White et sac Céline

Celine-Dion-porte-un-manteau-jaune-griffé-Jil-Sander-et-des-bottes-Gianvito-Rossi-En manteau Jil Sander et bottes Gianvito Rossi

 
Prenez Justin Bieber (ou Timberlake, sa version vintage). Avant-hier chanteur à minettes et à mèche (jurisprudence Julio Iglesias), hier tête à claques borderline (modèle Pete Doherty), aujourd’hui coiffé dans le sens du vent, icône de mode, et idolâtré par toute la famille, de l’ado maussade à la grand-mère restée jeune dans (et sur) sa tête.
 
Prenez Paris Hilton et Kim Kardashian, pouffes à gloss devenues les Marianne des premières décennies du nouveau millénaire (haussez pas les sourcils ni les épaules : les années 2000 reviennent en force).
 

visuel_ok(soupir nostalgique)

 
Prenez Doc Gynéco, conspué par tout le monde après son soutien à Nicolas Sarkozy en 2007, en retour de hype maximal avec la tournée de Première Consultation.
Prenez Winona Ryder, ex-paria de Hollywood aujourd’hui plus hype encore qu’elle ne l’était à l’époque de Beetlejuice : égérie de Marc Jacobs, de retour en haut de l’affiche, et héroïne de la brillante série Netflix, Stranger Things.
Prenez la Stan Smith et désormais, la Gazelle d’Adidas, le burger, le t-shirt de touriste, la chemise hawaïenne, la salopette, les chaussettes dans les Birkenstock, le jardinage, la pétanque et même “Camping 3”, salué au Masque et la Plume !
 
Prenez Loana…
Bon, peut-être pas Loana, mais vous avez l’idée.
 
En vérité je vous le dis : rien ne sert de courir après le succès, les followers, les likes, l’avenir, il faut partir à point.
Le tout, maintenant, c’est de se déconnecter, et de partir.
 
Qui se lance en prem’s ?
 
Love et Narta en épandage,
Fiona