Il y a les vacanciers professionnels, et il y a moi.
 
Il y a ceux qui planifient leur séjour des semaines à l’avance, ceux qui apprennent leur Lonely Planet par cœur et broutent un hectare de carottes (ou d’Oenobiol solaire) pour partir avec un léger hâle, qu’ils peaufinent ensuite sur place grâce à la demi-douzaine de crèmes solaires anti-rides, tâches, points noirs et grains de sables dans le maillot, soigneusement classées par ordre chronologique d’indice UVA et B dans des valises ergonomiques compartimentées comme des cerveaux de banquiers suisses. Valises qui ne sont jamais perdues à l’arrivée, évidemment – les valises des vacanciers professionnels arrivent toujours en premier sur le tapis de bagages, fières comme des Niçoises le samedi midi à la sortie du Franck Provost.
 
Même les plus féroces des moustiques ont à leur égard la déférence et l’obséquiosité d’un vendeur Vuitton pour un car de Japonais.
 
Les moustiques, normaux, tropicaux et même végétariens préfèrent piquer les vacanciers de la lose, qu’ils méprisent et sur lesquels ils s’acharnent.
 
J’en suis.
 
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Je fais partie de ces touristes amateurs qui perdent le Lonely Planet avant même de l’avoir ouvert et développent une allergie à la bouffe de l’avion dès la salle d’embarquement à Roissy – quand ils la trouvent. Personnellement, j’ai failli rater un avion pour Los Angeles après avoir perdu mon passeport à la sécurité du terminal qui desservait les vols à destination de l’Amérique Latine (ceci est une anecdote réalisée sans trucage).
 
Bizarrement, alors qu’au civil, je suis d’une maniaquerie qui confine à la psychopathie, je suis une piètre vacancière. Et cette piètrerie s’aggrave à mesure que je pars de plus en plus loin, de plus en plus souvent, vers des destinations qui requièrent de plus en plus d’organisation. Je suis la fille au teint de slip qui bourre sa vieille valise déglinguée de cols roulés pour aller aux Seychelles, deux minutes avant de prendre son Uber vers le mauvais terminal de l’aéroport, le portable à la main pour finir ses derniers mails de boulot. J’oublie mes culottes, mais jamais d’emporter les bouquins de plus de 500 pages que j’ai déjà lus. J’oublie mon chargeur, mais jamais la tente que j’avais achetée il y a une quinzaine d’années pour l’hypothèse où j’aurais envie de camper à la belle étoile, sur un coup de tête (LOL). Tenez, là par exemple, tandis que je ressuscite peu à peu au Sri Lanka après neuf mois de boulot en apnée, je Koh Lante avec deux shorts, que je lave tous les soirs avec le savon fluo de l’hôtel, parce que j’ai oublié ma trousse de toilette à Paris, avec l’anti-moustiques (m’en fous, je les chasse de façon artisanale, à la main).
 
Tout ça pour dire que j’avais prévu de vous écrire proprement avant mon départ, notamment pour vous expliquer ce que je fais de mes journées, quand je ne suis pas sur ce blog (“C’est quoi exactement, ton travail, depuis que t’es intermittente du journalisme ?”, êtes-vous nombreuses à m’avoir demandé toutes les deux).
 
Bon, raté.
Ce qu’on fait : je baroude au Sri Lanka avec mes deux shorts, je restaure mes neurones au soleil, je les rempaille, je les cire et les fais briller, et on s’y remet à mon retour, le 10 mars.
 
D’ici là, je ne pense pas à grand-chose, sauf à vous.
 
Mille baisers,
F