Et si oui, de quelle longueur ? (et sur quelle zone ?)

Depuis quelques jours, je pense beaucoup à mes poils. Depuis mes douze ans, j’ai dû passer l’équivalent de six mois à les éradiquer sans y penser, et aujourd’hui, mon esprit se couvre d’un duvet de questions qui risque bientôt de contaminer mes aisselles, voire pire.

Ou pas.
 

Capture d’écran 2015-06-19 à 16.28.45La Bible des poilistas à humour, sorti en avril 2015

 
Tout dépend de la portée que je donnerai cette année  à la tendance, devenue un marronnier d’été, au même titre que le trikini ou le régime sans sucre. Depuis quelques années, nous autres journalistes de la presse féminine attendons en effet les premières chaleurs, soit le moment où l’on a l’impression d’avoir deux méduses sous les bras au moindre mouvement, pour pronostiquer le retour de l’aisselle bushy – le mot glamour pour dire “poilue”, un peu comme le “shag” est l’euphémisme anglo-saxon pour dire “la coupe de cheveux de Cabu”.
 
Le poil est la nouvelle charité : sans le pratiquer personnellement, on est méga pour.
 
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rs_634x1024-140117115541-634.American-Apparel-Mannequin-Bush.ms.2.011714Vitrines American Apparel mises en scène par Petra Collins, à NYC – janvier 2014

 
L’année dernière, Madonna en avait, American Apparel en fourrait dans les culottes de ses mannequins de vitrine, et Gwyneth Paltrow confessait en avoir plein la culotte (c’est moi, ou Gwyneth parle beaucoup de sa chatte, en ce moment ?) ? Il n’en fallait pas plus pour que les chirurgiennes de l’air du temps aux aisselles lisses comme des montres flairent la revanche du système pileux sur ce système patriarcal qui décréta, au début du 20ème siècle, qu’une vraie femme ne peut avoir de poils : seuls les hommes, les singes et les artichauts en sont dignes.
 
Comme les années précédentes, ce spasme de tendance est passé aussi Veet qu’il est apparu, et nous avons toutes gaiement ressorti les rasoirs, jusqu’à la semaine dernière.
 

Jemima KirkeJemina Kirke aux CFDA Awards, le 2 juin 2015
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29AAC5F000000578-3126425-image-a-6_1434462821017Miley Cyrus, en pétard

 
La semaine dernière, le hipstorat parisien s’est à nouveau piqué de poils sous les bras, notamment grâce à Jemina Kirke, la somptueuse Jessa de Girls, qui arborait des aisselles 100% bio aux CFDA Awards, entérinant l’outing pileux de Miley Cyrus en avril dernier.
 
Deux jolies jeunes femmes ultra branchées et leurs acolytes anonymes mais tout aussi insta-bonnes, qui revendiquent leur droit aux poils apparents avec humour et glamour : il n’en fallait pas plus pour qu’ici aussi, on dégoupille les banderoles virtuelles sur Instagram : #feminism, #modernheroin, #femalepower et autres #freethearmpits, #bodyhairdontcare et le génial #pitters (littéralement, “Aisseleuses”, puisque pitt = aisselle (oui, Angelina est mariée avec un mec qui s’appelle “Dessous de bras”)).
 
Fashion Underarm Hair

@sienna_paige@sienna_paige
@kayleesimonson@Kayleesimonson@be
@ashacidqueen@ashacidqueenCapture d’écran 2015-06-19 à 16.49.00 Capture d’écran 2015-06-19 à 16.48.18

Capture d’écran 2015-06-19 à 16.47.47

Capture d’écran 2015-06-19 à 16.47.32#pitkittens #hairypitsclub #armpithairdontcare

 
 
LOL.
 
LOL, parce que je doute que cette tendance en ait été une si ses fers de lance avaient été moins hollywoodiennes, moins jeunes, et moins jolies.
 
LOL, parce que c’est, littéralement, un débat de connasses. Qu’ils y adhèrent en postillonnant des hashtags hypocrites, ou qu’ils s’y opposent derrière des hashtags dégoûtés, les débatteurs sont à 99% des femmes. Les mecs s’en foutent – à moins qu’ils placent la féminité ailleurs que dans les dessous de bras ?
 
LOL, parce que si les poils sous les bras sont un acte politique en Chine, où vient d’avoir lieu le premier concours d’aisselle-fies, qui dénonce les critères esthétiques d’une société machiste, aux Etats-Unis, je dis que c’est avant tout leur originalité qui fait pousser les poils de ces filles-là.
 
Capture d’écran 2015-06-19 à 16.48.43
 
 
 
 
A titre personnel, je n’aime pas beaucoup les poils. Je m’en méfie moins que du virus Ebola, j’en laisse donc quelques-uns vivre leur vie, mais dans l’ensemble, je les enlève. Parce que je trouve ça plus joli, plus confortable, et que je préfère avoir de la fourrure sur le dos que sous les bras.
 
Ce n’est pas pour autant que je trouve les poils féminins sales, virils ou dégoûtants : les aisselles velues de Pénélope Cruz en couverture de ou des nymphes de L’Apollonide sont même diablement sexy… tout simplement parce que leur propriétaire le sont.
 
Penelope-Cruz-for-AIE-Magazine-232-SS-2011-Cover_ampliacion
 
 
Voilà où je veux en venir : on n’est pas plus féminine avec des aisselles de nourrisson, pas plus qu’on est plus féministe avec des poils sous les bras. On est féministe grâce à ce que l’on a dans la tête, pas sous les bras. Et je ne sais pas vous, mais moi, je me sens les deux : féministe, et féminine. Avec mes t-shirts Barbie, mes talons de 10 pour descendre les poubelles, ma passion pour les motos, mon rire de bûcheron et ma grande gueule.
 
Je n’encourage donc ni l’épilation, ni le poil. J’encourage la réflexion avant le hashtag.
 
La tolérance ou l’indifférence : c’est ça, le “féminitisme”.
 
 
(c) Eleanor Haswell
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