Voter Macron, voter blanc, ne pas voter et faire le jeu du Front National, même pas vrai, sale fasciste, nan c’est toi la sale fasciste, sale libérale, si tu votes pas dimanche tu m’oublies, si tu votes Macron j’te cause plus, si tu votes Le Pen je porte plainte pour amitié mensongère… 

 


giphy-1Une soirée entre amis pendant l’entre-deux tours de la Présidentielle 2017

 
STOOOOOOOOOP ! Lectrices pro-Macron, lâchez donc la carotide des insoumises, abstentionnistes, sortez de votre cachette les mains en l’air*, lectrices pro-Le Pen, merci de gagner les issues de secours situées en haut à droite de cette page, de cliquer sur la petite croix, et de spamer ce blog à tout jamais, buvons toutes un shot de camomille cul sec, et calmons-nous. C’est moi qui commence.
 
Jamais élection ne m’aura autant angoissée, fâchée, consternée, et fait réfléchir. Jamais je ne me serais autant engueulée avec mes proches et mes moins proches, jamais je n’aurais autant parlé, pensé, lu et écrit politique que durant cette interminable campagne. A deux jours de la fin du supplice (car je veux espérer que l’issue du supplice ne sera pas encore plus douloureuse, ma nature farouchement optimiste continue de penser que les Français ne peuvent pas préférer l’écartèlement, l’huile bouillante et la crucifixion au renouveau anxiogène, certes, mais stimulant), à deux jours de la fin du supplice, donc, je suis tellement tendue que je me prends une décharge électrique à chaque fois que je me touche le front.
 
Tenez, là par exemple, je viens de m’engueuler avec Martine, ma boulangère qui m’appelle “ma cocotte” et me file toujours une chouquette avec ma baguette, parce qu’elle m’a annoncé qu’elle n’irait pas voter dimanche, sous prétexte que c’était plié d’avance, qu’elle refuse de choisir entre la peste et le choléra, et que de toute façon, elle ira chez son frère en Normandie pour le long week-end.
 
 
Mastiquant furieusement le quignon encore tiède de cette collabo de Martine (j’ai pas eu ma chouquette), j’étais partie pour haranguer la foule (vous trois, donc), et lui signaler que le fait de mettre sur le même plan l’héritière d’un parti xénophobe, réactionnaire, anti-parlementariste et anti-européen qui se prétend la voix du peuple, et le fondateur d’un parti républicain qui ne doit ses postes successifs qu’à son mérite, c’est insulter la démocratie et cracher sur l’histoire dans le sens contraire du vent.
 

Mais j’ai l’intuition que si j’enfonce encore un plaidoyer de ce type dans votre esprit, il va déborder et gicler sur mes baskets, je me trompe ?

 
J’ai donc lâché ma baguette pour prendre la claviotte et vous faire un chantage au vote, ami-e-s abstentionnistes. J’étais partie pour claviotter sur le thème de la citoyenneté, pour distinguer le bon citoyen de l’ivraie, et brailler en majuscules contre les abstentionnistes militants et contre ceux qui affirment : “Moi la politique, t’façon, ça m’intéresse pas”, ce qui revient pour moi à déclarer : “Moi décider du système juridique, économique, social et culturel dans lequel je veux vivre et payer mes impôts, ça ne m’intéresse pas”, like in : “Moi avoir deux bras et deux jambes, ça ne m’intéresse pas”…
 
Le problème c’est que pour distribuer des labels de citoyenneté, mieux vaut être soi-même citoyennement irréprochable, sous peine de passer pour un Fillon. Comme mes cours d’instruction civique remontent au milieu des années 90, à l’époque où mon cerveau respirait mal, rapport à la couche de fond orange qui bouchait mes pores, j’ai demandé à Dieu Google ce qu’était un bon citoyen, et voici ce qu’il m’a répondu. (Je pars bêtement du principe que Google est un homme, alors que sassetrouve, c’est une femme, vu qu’il/elle sait tout).
 
Un bon citoyen est civiquement actif. 
Pour cela, il faut : voter (check), même aux élections locales (che… heu… je vote aux municipales, mais j’avoue qu’il m’arrive de fumer des clopes derrières le préau au moment des départementales), faire son devoir de juré (on ne me l’a jamais demandé donc joker), contacter son député sur les questions qui nous intéressent (un ange passe), se porter volontaire au moment des élections pour dépiauter les bulletins (l’ange appelle son cousin), prendre part à des activités citoyennes (le cousin vient avec des potes).
Résultat : 1,5/6. Ca commence mal, mais regardez où en est arrivée Giacinta dans Top Chef
 
Un bon citoyen aide la communauté.
Pour cela, il faut : obtenir de bons diplômes (alors là, double check : deux DEA, un de journalisme, l’autre de cinéma. Bon, aucun des deux n’incite à avoir un vrai métier, donc check simple), travailler dur (trois-quart de check, PARCE QUE CA M’ARRIVE, entre deux scrolls, duh !), s’inscrire à Pôle Emploi quand on n’a pas de travail (check), se tenir informé de l’actualité (check et recheck), participer aux réunions du conseil municipal (l’ange repasse, il avait oublié quelque chose…), aider les sans-abris (check, même si donner une pièce, partager un sourire et un peu de temps entre deux rendez-vous n’équivaut pas à s’engager à la Croix Rouge, à la fondation Abbé Pierre ou aux Restos, donc vas-y mollo sur le check), donner son sang (check), suivre des cours de secourisme (encore toi, l’ange ?!?), créer des emplois (check), rester en bonne santé (check. Même si je me vante un peu, après avoir été malade comme un pou sur la tête de Zidane pendant un mois. Mais bon, check quand même), mettre à jour ses vaccins (Tu passes le bonjour à ta soeur pour moi, l’ange ?).
Résultat : 7,6/10, ça sent la remontada !!!
 
Un bon citoyen protège le futur de sa ville. 
Pour cela, il faut : recycler (baby check, mais c’est la faute à Monsieur Schmidt. Moi j’ai été élevée par un père allemand obsédé par l’écologie, on avait 7 poubelles chez moi à la fin des années 80, rep à ça Nicolas Hulot), faire du compost (eyeroll), ramasser ses déchets (check : quand je jette un mégot par terre, je sens le regard de mon père entre mes omoplates et je ramasse immédiatement), faire attention à la manière et à l’endroit dont on lave sa voiture (j’ai pas mon permis, moins par conscience écolo que par flemme d’apprendre le code Rousseau, j’avoue…), acheter local (demi check : je saupoudre mes fraises locales de baies de goji bio transportées du Japon sans doute pas en vélo électrique),  conserver l’eau (Aheum…), conserver l’énergie (“passez moins de temps sur l’ordinateur et plus de temps à lire”, qu’il dit, Wikihow… Ah ouais, et comment je lis dans le noir, ducon ???), utiliser les transports en commun (talk to my scooter).
Résultat : 2/8 #branlée.
 
Soit un résultat final de 11,1/24. Dans un concours de qui a la plus grosse (citoyenneté, donc), je serais recalée direct, sans même passer par le rattrapage, aussi vais-je sagement m’abstenir de faire des leçons de morale à qui que ce soit.
 
D’autant qu’apparemment, s’abstenir, ce n’est pas voter Le Pen.
N’empêche, on ne m’ôtera pas de l’idée que s’abstenir, c’est estimer que la xénophobie, le racisme, l’intolérance et la haine font désormais partie du paysage, et qu’on ne peut rien y faire.
En l’occurrence, si, vous pouvez.
OK, j’arrête.
Et je vais brûler une bougie anti-FN pour que le pittbull enragé à brushing Diminu’tif soit battue le plus sévèrement possible dimanche.
Peace & bienveillance,
Fiona