Description du projet

9 scoops sur le sexe enfin révélés par la série Sex Education

La nouvelle pépite de Netflix dresse le portrait de la vie sexuelle et sentimentale d’une bande de lycéens anglais. Pourvu que les messages qu’elle délivre avec subtilité et beaucoup d’humour inspirent les ados de 15 à 95 ans…

J’adore les films pour ados. Même si j’ai largement passé l’âge, même si la plupart des teen movies ont tendance à amarrer les stéréotypes de genre dans les esprits influençables plus qu’à les dissiper, même si les jolies filles populaires sont toujours des pestes, les gros.ses toujours des losers et les beaux gosses toujours des enfoirés dont le comportement misogyne cache toujours un coeur tendre et un esprit traumatisé par une ex girlfriend et/ou une mère abusive, je me jette sur les dramédies de campus américains comme une méduse sur un mollet allemand. Avec son pitch légèrement putassier fleurant bon l’Eau Jeune -sous l’impulsion d’une badasse surdouée, un ado vierge dont la mère est sexologue ouvre un cabinet de thérapie sexuelle clandestin au lycée, si ça sent le patchouli et le jasmin synthétique ^^…-, Sex Education promettait donc d’être l’équivalent culturel d’un seau de pop corn au caramel, aussi culpabilisant que jouissif.

Râté.

La série british de l’Australienne Laurie Nunn disponible depuis le 11 janvier sur Netflix est jouissive, certes, mais pas le moins du monde culpabilisante -c’est même tout le contraire. Sans pincette et avec un humour très cash, elle remet les pendules de la sexualité à l’heure, une initiative bienvenue en ces temps de jet lag érotique permanent. En 8 épisodes et grâce à un casting un peu plus métissé que d’ordinaire, on (ré)apprend donc que…

  • Tous les hommes ne sont pas obsédés par le sexe. Ainsi le héros, Otis, interprété par l’irrésistible Asa Butterfield, a des phobies sexuelles qui l’empêchent de se masturber et de faire l’amour, au grand damn de sa mère sexologue et légèrement intrusive interprétée par Gillian Anderson, dont la -très belle- maison est envahie de pénis décoratifs, du heurtoir de la porte d’entrée aux étagères de la cuisine. Son manque d’expérience pratique ne l’empêche pas d’être très calé sur l’anatomie féminine la théorie et la technique, aussi accepte-t’il de monter un cabinet de sexologie clandestin dans les toilettes désaffectés du lycée, poussé par Maeve (Emma Mackey), la badasse sexy surnommée “croqueuse de bites” par ses camarades.
  • La virginité des garçons n’est pas honteuse. Embarrassé par son pucelage alors que ses camarades commencent à goûter aux joies -et aux déconvenues- du sexe, Otis confie son secret à Maeve dont il est secrètement amoureux. Loin de  de se moquer de lui, la jeune fille… (PAS DE SPOILER PAS DE SPOILER PAS DE SPOILER). Mais une révélation quand même : la virginité d’Otis ne l’empêche pas de faire preuve de virilité, et c’est bien normal, puisque la masculinité d’un homme ne dépend pas de son activité sexuelle, attendu que les femmes ne cachent pas la virilité des hommes dans leur vagin -en fait elles n’y cachent rien, même si elles y mettent parfois un tampon, un doigt ou un sex toy. Contrairement à ce que le Dieu de la masculinité apprend aux jeunes garçons dans leurs rêves depuis des centaines d’années, on ne gagne aucun point virilité à chaque fois qu’on met son pénis dans un orifice féminin. Il serait temps de mettre à jour les rêves des jeunes garçons.
  • Les filles ont des pulsions sexuelles, et n’attendent pas que le prince plus ou moins charmant les guide sur le chemin escarpé du plaisir. Dans la série comme dans la vraie vie, les filles se masturbent, pensent au sexe et expriment leurs désirs. Maeve veut garder une relation purement sexuelle avec Jackson, le sportif populaire interprété par Kedar Williams-Stirling, tandis que Lily (Tanya Reynolds) dessine des mangas pornos en attendant de trouver un candidat qui acceptera de la débarrasser de sa virginité… La sexualité féminine n’est pas plus moralisée que la sexualité masculine. Ni salopes ni oies blanches ni licornes asexuées, les jeunes filles de la série sont juste des êtres humains standard dont l’activité sexuelle -ou l’absence d’activité sexuelle- est déconnectée de leur valeur en tant qu’individu.
  • L’homosexualité n’est ni un tabou ni un problème, ni pour le/la principal.e intéressé.e ni pour son entourage. Ainsi Eric (Ncuti Gatwa) est ouvertement gay, ce qui indiffère aussi bien son meilleur ami Otis qui n’hésite pas à danser un slow avec lui au bal du lycée que son père pourtant religieux, dont la bienveillance va à rebours des clichés sur la masculinité des hommes non caucasiens. Le garçon le plus populaire du lycée, leader de la bande des pestes, est d’origine indienne et ouvertement gay lui aussi. Le seul personnage qui semble avoir des problèmes avec l’homosexualité d’Eric est Adam, la brute qui cache peut-être lui-même des désirs… (PAS DE SPOILER PAS DE SPOILER PAS DE SPOILER) Qu’elle soit masculine ou féminine (cf. l’épisode dans lequel un couple de lesbiennes sollicite les conseils d’Otis), adolescente ou adulte (Jackson a deux mères), affirmée, émergente ou réprimée, l’homosexualité des personnages n’est ni caricaturale, ni monolithique. Comme l’affirme un des lycéens : « L’homophobie, c’est has been ».
  • Les hommes ont des sentiments et les expriment publiquement sans que leurs testicules se fracassent au sol avec un bruit de verre brisé. Otis n’est pas le seul personnage masculin hétérosexuel dont la virilité est un peu plus subtile qu’une brique. Populaire et beau gosse, Jackson n’en est pas moins sensible et n’a pas peur de déclarer publiquement son amour à Maeve, la paria du lycée. Adam-la-brute surjoue les codes de la masculinité toxique parce qu’il souffre de sa relation avec son père, le proviseur du lycée tyrannique mais lui-même pas si méchant, dans le fond. L’amant de la mère d’Otis veut une vraie relation amoureuse. Qu’ils soient adolescents ou adultes, la plupart des personnages masculins ont donc un rapport décomplexé à la virilité et une conception bienveillante de la masculinité, à l’opposé des archétypes de « bad boys » qui faisaient tomber les filles dans les séries -et dans la vraie vie- en se comportant comme des gamins gâtés de 4 ans (intolérance à la frustration, indépendance surjouée, égocentrisme exacerbé, passion pour les jouets bruyants et clinquants, refus de parler aux filles en public, etc.) Whaouh. Il a fallu attendre 2019 pour qu’une série pour ados élargisse le spectre de la masculinité en la libérant de la dichotomie simpliste dominant-dominé, cool-loser, fort-faible, baiseur-puceau. A l’aube des années 2020, alors que les voitures conduisent toutes seules et que les animaux de compagnie sont auto-nettoyants, on a enfin équipé les hommes de subtilité. Les progrès de la science, hein !
  • Les femmes de plus de 50 ans baisent et excitent les hommes, un autre progrès technologique que l’on n’attendait plus, bisou Yann Moix. Ainsi Jean, la mère d’Otis interprétée par la sublime Gillian Anderson qui a un look inouï et le nez le plus sexy de la Terre (faites un arrêt sur image sur la courbe de ses narines qui ourlent délicatement son nez légèrement aquilin, rrrhhh…), Jean, donc, est aussi une femme sexuée et sexy qui mène sa vie sentimentale comme elle l’entend, au vu et au su de tou.te.s et notamment de son fils, et au risque de briser les coeurs des hommes sensibles sans culpabiliser, ni les piétiner en ricanant avec sadisme. Une femme de 50 ans n’est ni une grand-mère mignonne, ni une mégère aigrie. In-croa-yable.
  • Les adolescents pensent au sexe et baisent, et c’est normal, puisque la sexualité elle fait partie du starter pack de l’âge adulte et ne saurait à ce titre être un problème pour les adultes qui ne sont finalement que des adolescents légèrement plus perfectionnés (dans certains cas. Pas tous). Si la façon que Jean a de se mêler de la vie sexuelle ou plutôt, de l’absence de vie sexuelle d’Otis est l’un des ressorts comiques de la série qui explique la défiance du jeune garçon, elle sous-entend aussi que le sujet est simple, basique, comme dirait ce chanteur dont l’ouverture d’esprit est pourtant assez loin du Canal de Suez.
  • Le sexe, tu sais, c’est pas si facile, et pas toujours glamour. En fait, le sexe ne ressemble ni à Hollywood, ni à PornHub. Le vrai sexe n’est pas toujours génial, on ne jouit pas à tous les coups, parfois on est bloqués mentalement ou physiquement (cf. le vaginisme dont est atteint le personnage de Lily), parfois la fellation donne des hauts le coeur, parfois le cunni évoque davantage le labrador enthousiaste que le plaisir, parfois on tombe du lit, on se cogne, on rigole… Bref, le sexe est un sujet beaucoup trop grave pour être pris au sérieux.
  • Le respect est sexy, le consentement aussi -et ils concernent aussi bien les filles que les garçons. Ni triste ni aseptisé, le terrain érotique post #MeToo est loin d’être vague et les rapports entre les genres, crispés. Au contraire. Plus détendus, moins contraints par les codes d’une masculinité toxique qui leur imposait de baiser par packs de douze en laissant les sentiments aux gonzesses, les garçons de Sex Education ne se sentent pas menacés par le désir ou l’absence de désir des filles. Les partenaires communiquent, à l’instar des premiers « patients » à qui Otis recommande une « écoute active » ; les garçons expriment leurs doutes et leurs failles, les filles ne se sentent plus obligées de faire ce qu’elles n’ont pas envie de faire (« Qu’est-ce qui te fait dire que tu es obligée de sucer ton copain ? », demande ainsi Otis à une camarade à qui la fellation donne envie de vomir). Bref, le sexe n’est plus un enjeu de pouvoir de l’un sur l’autre mais un moment de plaisir partagé et surtout, dédramatisé. La révolution sexuelle telle qu’on l’attendait, égalitaire et sans tabou, équitable et joyeuse, a eu lieu sur Netflix : on attend impatiemment la suite dans la vraie vie.
Gina, la marque de produits hygiéniques respectueux des teuchs et de l’environnement, a ouvert un pop up où l’on peut aussi assister à des conférences sur les ragnoufes, écouter des podcasts, lire un livre et/ou picoler un thé au coffee shop. Meilleure initiative de l’année so far. Jusqu’au 13 février, 18 rue André Del Sarte, Paris 18.
L’illustratrice activiste Kimothy Joy, qui a collaboré avec Gucci, Melinda Gates et de nombreuses auteures comme Cleo Wade ou Jessica Bennett, signe une mini collection irrésistible pour l’eshop féministe Daughters of Witches, dont j’ai déjà parlé ici. Meilleur cadeau de naissance.

L’association Chaussette orpheline créée par Marcia de Carvalho organise son 3ème défilé solidaire le 4 février à Paris. Toutes les créations fabriquées à partir de fil recyclé et portées par des mannequins bénévoles de tous âges et de toutes les morphologies seront distribuées à des associations partenaires. Pour soutenir ce chouette projet, c’est par ici.

La tatoueuse parisienne Vonette vient de lancer Paye ton tattoo artist, qui donne la parole aux victimes d’abus ou d’agressions verbales ou physiques commises lors de séances de tatouages ou de piercings. Manière de rappeler que le corps et la pudeur des client.e.s doivent impérativement être respectés.