Description du projet

Et vous, c’est quoi, votre charge maternelle ?

 

Je n’ai pas d’enfant et je n’en veux pas, mais je ne suis pas épargnée pour autant par la charge maternelle -au contraire. La charge maternelle ? C’est la somme des pressions et préjugés au sujet de la maternité que toutes les femmes intègrent dès l’enfance et qui présentent la mère épanouie et bienveillante comme la norme, une part intégrante de l’identité féminine, et le seul lifegoal qui vaille pour une femme. C’est aussi le sujet du livre que je suis en train d’écrire et qui sera inch’lechat (ma muse) publié à la rentrée.

(c) Workin’ Moms

 

Au début de ce projet, il y avait l’envie de parler de mon désir de ne pas avoir d’enfant, que je considère comme un désir à part entière, et pas comme un manque de désir. Premier point qui fait débat (il y en a une petite centaine de milliers d’autres…) : le fait de ne pas vouloir être mère est toujours considéré en France comme un « non désir », une erreur 404 dans le système féminin universel, alors que mon choix procède d’un désir aussi puissant j’imagine que le désir de maternité. J’ai désiré la vie que je mène et que je juge incompatible avec la maternité. Mais en France, ce désir-là est inaudible.

Le fait qu’une femme n’aie pas d’enfant est indéniablement un « sujet », auquel j’avais consacré un post il y a plusieurs années déjà. Mais le fait qu’une femme CHOISISSE de ne pas en faire alors qu’elle a tout le matériel nécessaire (un amoureux merveilleux hyper partant pour se reproduire, un utérus en pleine forme, des conditions matérielles suffisantes, un arsenal de gynécos/maternités/nounous/crèches/écoles à proximité…) est plus qu’un sujet : c’est un tabou dans le pire des cas, un problème dans le meilleur, et le plus fréquent. Pas forcément pour les principales intéressées mais pour les autres, et particulièrement pour les femmes, d’ailleurs : en général, les hommes se cognent de savoir si une femme a des enfants s’ils ne sont pas (susceptibles d’être) les siens. Ainsi je n’ai jamais vu aucun homme demander à un autre : « Et sinon, vous avez des enfants ? » en société, alors qu’on me le demande systématiquement. Et lorsque je sors avec Monsieur Schmidt, c’est à moi que l’on pose la question, jamais à lui qui s’est pourtant reproduit nettement plus que moi (il a trois enfants). A croire qu’en France, les enfants sont une affaire de femmes plus que d’hommes…

Quoi qu’il en soit, d’autres No Kids comme on les appelle aussi en Anglo-saxonnie ont récemment (et moins récemment) fait leur outing dans les médias et les librairies, analysant ce que je ressens quotidiennement : la pression sociale, l’horloge biologique à laquelle je suis censée obéir avant qu’elle ne se transforme en boîte noire de ma féminité, les soupçons, les justifications, cet « air froid qui circule autour de moi » (1) lorsque j’évoque publiquement mon choix…

J’avais donc laissé ce sujet de côté avant que mes lectures, mes conversations avec des mères de tous âges et de tous horizons et plusieurs de vos témoignages envoyés spontanément via les réseaux sociaux ne provoquent un séisme dans mon esprit pourtant habitué aux secousses : ces injonctions concernant la maternité ne pèsent pas uniquement sur les femmes qui ne veulent pas d’enfants.

Elles pèsent également sur les femmes qui ne peuvent pas en avoir ‘naturellement’, les femmes qui ont recours à l’AMP (Aide Médicale à la Procréation), les femmes qui veulent faire un enfant seule, les femmes homosexuelles, qu’elles soient en couple ou pas, les mères célibataires, les femmes qui n’ont qu’un seul enfant (gâté, forcément…), les femmes qui en ont cinq (négligés, fatalement…), les femmes qui ont avorté, les femmes qui ont des enfants avant 25 ans, les femmes qui en ont après 40, les mères au foyer, les mères qui travaillent (toujours trop), les mères qui regrettent de l’être, les mères qui ont plus d’affinités avec l’un de leurs enfants, les mères qui n’ont aucune affinité avec aucun de leurs enfants, et puis toutes les autres, ces femmes débordées, déprimées, laxistes, absentes ou qui ne font pas correctement leur boulot censé être instinctif, naturel et épanouissant, bref, ces mères réputées « indignes » qui servent depuis toujours d’épouvantails dans le champ fantasmagorique d’une maternité uniformément sereine et bienheureuse.

(1) l’expression est de Chantal Thomas dans son livre Comment supporter sa liberté, citée dans l’excellent épisode du non moins excellent podcast de Charlotte Bienaimé, Un podcast à soi, consacré à l’horloge biologique

Ca fait un paquet de mères. Et un paquet de femmes, si l’on ajoute celles qui ne savent pas si elles veulent avoir des enfants, en dépit de l’eldorado familial que la société continue de leur promettre.

Si l’on ajoute les 4,3% de françaises qui déclarent comme moi ne pas vouloir être mères, on n’est pas loin d’être 100% de femmes à avoir subi ou à subir encore plus ou moins régulièrement cette pression sociale au sujet de la « bonne » maternité.

Car il ne s’agit évidemment pas d’être « simplement » mère. On n’est plus au Moyen Âge : un bébé n’est plus la conséquence d’un rapport sexuel, c’est un projet, le plus important de tous, que la société nous permet de programmer (merci la contraception et l’avortement) puis d’éduquer dans les meilleures conditions possibles (merci les allocations familiales, les crèches, les écoles « maternelles », tiens donc…) : ces libertés acquises s’accompagnent de responsabilités et de devoirs toujours plus lourd.e.s… toujours pour les mêmes. En effet si le contexte socio-culturel de la parentalité évolue -heureusement !-, si la science permet désormais de retarder la grossesse et de contourner la stérilité, une chose au moins ne change pas : la pression exercée sur l’utérus et le cerveau des femmes -ce sont deux organes différents, comme d’aucun.e.s l’ignorent encore.

Je ne veux pas parler de ce qui oppose les femmes -celles qui veulent des enfants et celles qui n’en veulent pas, celles qui en ont et celles qui n’en ont pas, les mères qui allaitent et celles qui n’allaitent pas, les mères parfaites et les mères indignes… Je veux parler de ce qui est commun à toutes les femmes : ce caillot de préjugés et de pressions qui s’incruste dans nos esprits et que j’ai appelé la « charge mentale maternelle. »

La charge mentale maternelle, c’est tout ce qu’une femme doit dire, penser et faire au sujet de la maternité pour qu’on lui fiche une paix très relative.

La charge mentale maternelle, c’est la comparaison réflexe avec les autres mères et l’insécurité et la culpabilité toxiques qui en découlent.

La charge mentale maternelle, c’est le fait que la parentalité demeure, en 2019, un sujet qui alourdit surtout le quotidien et la conscience des femmes.

La charge mentale maternelle, c’est : « une vie sans enfant, quel dommage ! », « on ne peut pas priver un homme du bonheur d’être père », « un couple doit avoir des enfants, c’est naturel », « c’est pas la peine d’avoir des enfants si c’est pour ne jamais les voir », « tu n’as que 25 ans, tu vas changer d’avis », « tu as 35 ans, après il sera trop tard », « ah bon, tu l’allaites ? », « ah bon, tu l’allaites pas ? », « ah bon, elle mange des Pepito ? », « ah il bon, elle mange de la viande ? », « ah bon, elle ne mange pas de viande ? », « ah bon, il n’a pas de doudou ? », « ah bon, il a encore un doudou ? », « tu ne veux pas d’enfant : tu es lesbienne ? », « tu es lesbienne, donc tu ne veux pas d’enfant ? », « ne venez pas me voir après votre avortement parce que vous ne pouvez plus avoir de bébés… », « t’es fatiguée ? Imagine si t’avais des enfants ! », « Tu ne peux pas comprendre, tu n’as pas d’enfants… », « tu ne peux pas comprendre, tu as des enfants… »

Etc.

Etc.

Etc.

Ces prochaines semaines, je me consacrerais donc à cette charge mentale maternelle comme Daenerys Targaryen au Trône de fer #modestie #humilité #simplicité, et il n’y aura donc pas de nouvelle newsletter avant… un moment.

En revanche, j’ai ouvert le compte Instagram @bordel.de.meres pour que l’on y partage nos histoires. Que vous soyez hétéro, bi, homo ou trans, nullipare ou mère, en couple ou solo, que vous ayez 20, 30, 40 ou 80 ans…, j’aimerais que vous me racontiez votre expérience de la charge maternelle. Vous pouvez m’envoyer vos témoignages par DM sur ce nouveau compte ou @thefionaschmidt, ou par mail à fionaschmidt@me.com et je les publierai régulièrement.

Merci mille et une fois pour votre participation à ce nouveau projet qui me tient très à coeur.

A bientôt !

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