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Pourquoi les hommes continuent de violer ?

Le 22 janvier, la militante féministe @Melusine_2 tweetait “Comment faire pour que les hommes cessent de violer ?”, ce qui a valu à son compte d’être suspendu, comme la plupart des comptes féministes qui ont repris la question sous forme de hashtag. A mon tour, j’ai essayé de passer sous les fourches caudines de la censure, hélas, Instagram a censuré mon post très exactement 1h04 après sa publication. Mais comme je suis têtue comme un moustique dans un dortoir de scouts, je le publie ici, hors de portée de la cape d’invisibilité que le duo Facebook et Twitter lancent de plus en plus souvent sur les comptes féministes.

(c) brbrihan (@rihand) via Unsplash

  • Parce que dans la grammaire comme dans la société, le masculin l’emporte toujours sur le féminin. Tant que l’on fera croire aux petites filles que les petits garçons les frappent parce qu’ils les aiment bien, et aux jeunes hommes qu’une jeune femme qui dit “non” veut en fait dire “oui” ; tant que les jeunes filles qui disent “oui” passeront pour des putes et celles qui disent “non” pour des salopes ; tant que l’on considèrera qu’un « bad boy » est plus sexy qu’un « gentil garçon », tant que la domination sera plus valorisée que le respect, et tant que l’on croira davantage au rapport de force qu’à l’équilibre pour régir les rapports humains, alors il n’y a aucune raison que les hommes cessent de violer.
  • Parce que le violeur, c’est toujours l’autre. L’ « étranger », le pauvre, le marginal, le « différent ». Le père de famille CSP+ qui participe à la fête des voisins et aide les vieilles dames à traverser la rue ne peut pas être un incesteur, ça ne peut être qu’un « malentendu ». Le meilleur pote tellement drôle et toujours dispo pour filer un coup de main ne peut pas avoir agressé sa meuf, c’est forcément elle qui a « mal compris » ou « exagéré » ou « poussé le bouchon trop loin. » Parce que le patron qui met la main au cul de la stagiaire ne « pensait pas à mal » et qu’il n’y a pas « mort d’homme », d’ailleurs, il n’y a même pas sexisme, il n’y a qu’un « compliment ».
  • Parce que les agresseurs sexuels ne sont pas dissuadés par la justice. En France, 94000 personnes déclarent être victimes de viol ou de tentatives de viol chaque année, soit environ 10% des agressions sexuelles (90% ne seraient pas déclarées). Parmi ces victimes, 81% sont des femmes, tandis que 97% des agresseurs sont des hommes. 1% seulement des viols aboutissent à une condamnation. 99% finissent donc par un non lieu. Autrement dit, il y a moins de risque de se faire condamner quand on viole une femme (ou un homme) que de tomber sur Gwyneth Paltrow au Burger King. D’autant que les prisons françaises sont surpeuplées.
  • Parce que la police n’est toujours pas formée à recevoir les plaintes des victimes d’agressions sexuelles. En 2018, Le Groupe F et Paye Ta Police publie le résultat d’une enquête qui révèle que dans 60% des cas, la personne en charge de recevoir la plainte refuse ou décourage la victime de porter plainte, et/ou la culpabilise dans 41,6% des cas. Par ailleurs, le fait que la victime ne soit pas cisgenre, blanche et/ou hétérosexuelle multiplie les risques d’être maltraitée au moment du dépôt de plainte. Le sexisme, éventuellement combiné au racisme et à l’homophobie systémique dissuade donc les victimes de porter plainte.
  • Parce qu’il est encore plus difficile de porter plainte lorsque l’agresseur fait partie de son entourage. Or dans 91% des cas, la victime connaît son agresseur. Et souvent, elle l’aime, parce que c’est un père, un membre de la famille, un ami, un ex, un mari ou un amoureux. 
  • Parce que dans le cadre de violences conjugales ou familiales, toutes les victimes n’ont pas les ressources matérielles et économiques de se mettre à l’abri. C’est le moment de rappeler que l’écart de salaire dans le couple hétéro est de 42%, comme l’écart de pension de retraite entre un homme et une femme. Ce qui n’est pas très étonnant puisque plus de 80% des emplois à temps partiels sont occupés par des femmes, et que celles-ci sont deux fois plus touchées par la précarité au cours de leur carrière. 
  • Parce que la politique de prévention des agressions sexuelles est au point mort. Une loi de 2001 a rendu les cours d’éducation sexuelle et à l’égalité obligatoires. Dans les faits, 25% des établissements scolaires s’y soustraient totalement, et de toute façon, seules 3 séances par an sont censées être dispensées. Ca fait peu, même pour acquérir les fondamentaux. Par ailleurs, les dispositifs d’accompagnement des agresseurs, comme des stages anti-sexisme ou des numéros d’appels pour prévenir le passage à l’acte pédocriminel commencent à peine à émerger en France, et restent extrêmement insuffisants.
  • Parce que la politique publique d’accompagnement des victimes dans leur processus de reconstruction n’existe pas. Voilà. Je n’ai aucun chiffre à donner puisque ça n’existe pas. C’est d’autant plus aberrant que l’Etat est assis sur une montagne de statistiques d’agressions sexistes et sexuelles qui ne baissent pas. Et après, on s’étonne que les féministes ne soient pas zen comme des bol de thé vert.
  • Parce que Twitter et Facebook continuent, malgré leurs engagements, à censurer le contenu des comptes féministes et à les suspendre, tandis que les hashtags #feminazi comptent 279000 occurences, #feminismiscancer, 186000, #fuckfeminism, 55100 et #stopfeminism, 4800. Entre autres exemples que je n’ai pas cherché pour garder une braise de foi en l’humanité entre mes deux oreilles.

La liste est loin d’être exhaustive. A quand une liste des solutions à mettre en place pour que les hommes cessent de violer, une volonté politique de les mettre en place, une réflexion collective au sujet de la tolérance envers les violences faites aux femmes, et enfin, une remise en cause personnelle de ceux qui mettent plus d’énergie à dénoncer les actions des féministes contre les agresseurs que les agresseurs eux-même ?

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