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Comment lâcher prise ?

C’est une vraie question, pas un mode d’emploi : j’aurais du mal à vous parler de quelque chose que je n’ai jamais su faire.

La dernière fois que j’ai pris des vraies vacances c’était il y a plus d’un an. Par « vraies vacances » j’entends une période de plusieurs jours consécutifs durant lesquels j’ai le temps de m’ennuyer plus d’une demie heure d’affilée. Mon vrai luxe, ce n’est pas l’espace ni le temps, encore moins la 18G ou l’iPhone 15. Mon vrai luxe, c’est l’ennui, ce moment vertigineux où mes pensées renoncent à se presser les unes contre les autres comme des Parisien.ne.s dans le métro à l’heure de pointe lorsque le signal retentit pour glisser le long des parois internes de mon crâne et se répandre dans la piscine, sur la plage, dans les draps ou n’importe quelle surface molle et tiède. L’ennui est le point mort de l’esprit. Il devrait être le brain goal de tout être humain qui fait 12 à 15h de cross fit mental par jour, même les fériés.

Bonjour, je m’appelle Fiona et je suis mentalement boulimique : je remplis mon cerveau comme si c’était une taie d’oreiller -et mon agenda est à l’avenant, bien sûr. Mes journées durent entre 35h et une semaine, et souvent je pousse un peu les bords pour y caser un nouveau boulot, un film à ne pas rater, un début de livre, un post Instagram, une conférence à l’autre bout de Paris à laquelle j’ai promis à une personne que je ne connais pas d’assister. Je suis cette fille au dos bloqué et à la piste d’atterrissage entre les deux oreilles qui, à moins de 6h de mon départ en Colombie (mon avion décolle à 17h15) et alors que je ne sais même pas où est mon passeport, claviotte une newsletter sur le lâcher prise parce que mon cerveau a gilet jauné lorsque je lui a demandé d’improviser sur le thème : « Peut-on dissocier le talent de Karl Lagerfeld de ses propos misogynes ? Autrement dit : l’esthétique prime-t’elle sur l’éthique ? »

Sans déconner, j’ai senti les palettes crâmer sous mon front.

Pour me faire lâcher prise, il faut me coller un coup de taser -j’aimerais exagérer. Et je sais que 90% d’entre vous au moins, Mesdames, êtes comme moi, à des degrés plus ou moins sévères. La plupart d’entre vous avez des amis, des familles, souvent des enfants, des amoureux, des animaux de compagnie, des jobs, des hobbies, des passions, Instagram, et assez de listes dans la tête pour envelopper l’Arc de Triomphe. Comme moi, vous êtes nombreuses à ne jamais vous délester de ce qui porte désormais un nom : la charge mentale. Hélas, personne n’a encore trouvé le vaccin de cette maladie moderne (pas tant que ça…) typiquement féminine… peut-être justement parce que c’est une maladie typiquement féminine, donc que les chercheurs s’en tapent et que si les chercheuses se penchaient en plus sur la question leur tête se décrocheraient de leur cou sous le poids de leur cerveau et rouleraient dans le caniveau façon bowling.

Car j’ai l’impression que la plupart des mecs de mon entourage, si débordés soient-ils, vidangent plus facilement leur esprit. Là où la plupart des meufs pensent : « allez, je vais le faire vite fait ! », la plupart des mecs disent : « tant pis » et ne le font pas. Et le monde continue de tourner (autour d’eux).

Pourquoi la plupart d’entre nous restons accrochées à nos listes comme des rottweilers à leur os ? J’imagine que la plupart d’entre nous avons du mal à renoncer à contrôler le plus parfaitement et maniaquement possible ce que nous pouvons contrôler, ce qu’on nous laisse contrôler, principalement notre sphère intime. Je ne sais pas comment ce perfectionnisme anxiogène et chronophage est venu se ficher dans notre inconscient collectif au point de s’inscruster dans notre cerveau reptilien. Je n’ai pas l’énergie de me demander quelles peurs il est censé conjurer, quel obstacle il est censé nous faire franchir ou contourner, quel drame il est censé nous faire éviter mais je sais qu’il fait partie de cet arsenal de moyens de défense dont on est plus ou moins obligée de s’équiper très jeune pour traverser la vie sans trop d’emmerdes.

Pourquoi la plupart d’entre nous restons accrochées à nos listes comme des rottweilers à leur os ? J’imagine que la plupart d’entre nous avons du mal à renoncer à contrôler le plus parfaitement et maniaquement possible ce que nous pouvons contrôler, ce qu’on nous laisse contrôler, principalement notre sphère intime. Je ne sais pas comment ce perfectionnisme anxiogène et chronophage est venu se ficher dans notre inconscient collectif au point de s’inscruster dans notre cerveau reptilien. Je n’ai pas l’énergie de me demander quelles peurs il est censé conjurer, quel obstacle il est censé nous faire franchir ou contourner, quel drame il est censé nous faire éviter mais je sais qu’il fait partie de cet arsenal de moyens de défense dont on est plus ou moins obligée de s’équiper très jeune pour traverser la vie sans trop d’emmerdes.

Je sais aussi que c’est cette vase mentale engloutit notre indépendance. Car lâcher prise, d’après ce que j’ai observé, d’après ce que j’ai pu moi-même ressentir pendant à peu près 34 minutes l’année dernière (après j’ai trouvé un truc à faire et je me suis désennuyée : la couille*…), c’est non seulement s’ouvrir complètement aux autres, ces gens qui gagnent souvent à être connu.e.s, mais c’est surtout laisser sa chance au hasard d’être heureux. Lâcher prise, c’est avoir assez confiance en ses propres ressources pour gérer l’imprévu. Ouais : lâcher prise, c’est clairement muscler sa confiance en soi plutôt que son cerveau qui a déjà les épaules de Hugh Jackman.

Donc je vais donner l’exemple et laisser cette newsletter en l’état, sans chute, et je vais chercher mon passeport sous mes tas de factures que j’éditerai ou que je paierai en rentrant.

Puissiez-vous vous aussi desserer vos mâchoires mentales le temps des vacances -ou de la pause déj. <3

Retour sur Terre le 10 mars. D’ici là, comme je ne déconnecterai pas complètement car je n’applique jamais mes très bons conseils, vous pouvez me suivre sur Instagram.

* « la couille », équivalent féministe de « la conne »

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Talkin’ about lâcher-prise… Forte du succès de ses Meditation Parties, Mélody Szymczak vient de publier Cosmic Girl, un manuel de rituels spirituels qui permettent aux hyperconnectées de débrancher en douceur pour se plugger au cosmos. C’est bienveillant, drôle, 50% ésotérique et 50% terre-à-terre, et on y picore ce qu’on veut. Perso, j’ai retenu une recette géniale d’un cocktail cosmique (avec alcool), la liste des chakras qu’il faut que je bichonne et les cristaux qui sont bons pour ce que j’ai.
Son talent de photographe n’a jamais été reconnu de son vivant. Il a fallu attendre le début des années 2010 pour que le monde entier découvre l’oeuvre pléthorique de Vivian Maier, la pionnière du street-style, nounou franco-américaine à la ville qui photographia les rues de New York et de Chicago durant son temps libre pendant cinquante ans, et à laquelle la galerie Les Douches à Paris consacre une expo géniale. Jusqu’au 30 mars.
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