Description du projet

Conduire est-il politique ?

Spoiler : DUH !

Si j’avais su que réussir son premier créneau seule était aussi grisant qu’un verre de très bon vin ou le sexe avec un(e) Mozart(e) du clito, je n’aurais pas attendu d’avoir 40 ans pour passer mon permis.

Je n’aurais pas claqué mon budget auto-école en tatouages, je n’aurais pas fait passer ma flemme pour un engagement écolo, je n’aurais pas été tributaire d’autrui pour me déplacer, je n’aurais pas dépensé autant de temps, d’énergie et de self estime à négocier d’être raccompagnée – la plupart du temps, par un mec – et à avoir peur d’être agressée en rentrant chez moi à pied, en bus ou en taxi, mes proches n’auraient pas remplacé l’expression « Quand les poules auront des dents ! » par « Quand Fiona aura son permis ! », et je n’aurais pas ri de bon coeur avec elleux, comme si persister à se niquer les genoux sur les routes mouillées et/ou verglacées en conduisant un scooter de la taille d’un tricycle était véritablement punk, et pas juste débile (et dangereux).

C’est là que ce post prend un tournant féministe (accrochez vos ceintures).

Avant de tenir un volant entre les mains, je n’avais jamais vraiment réfléchi à la dimension politique de la conduite.

Au sentiment d’illégitimité partagé par bon nombre de femmes au volant, lié au fait qu’elles sont toujours réputées conduire plus mal et être plus dangereuses que les hommes, alors que 67% des points de permis retirés et jusqu’à 95% des délits sur la route concernent les hommes, d’après une enquête de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR).

Bien entendu, ce sentiment d’illégitimité désavantage les femmes, et ce dès l’examen du permis : d’après un autre rapport de l’ONISR, elles sont 53% à l’obtenir, contre 63% des hommes. Surprise ! (non), cet écart genré est quasi nul dans des pays plus égalitaires comme la Suède ou les Pays Bas.

La conduite représente donc un coût économique supérieur pour les femmes, puisque leur formation initiale est plus longue que celle des hommes, mais aussi un coût psychologique, une sorte de charge mentale automobile* qui consiste à surmonter non seulement leurs a priori négatifs sur leur propre conduite et celle des autres femmes, mais aussi le sexisme dont j’ai l’impression qu’il est encore plus décomplexé sur la route qu’ailleurs dans l’espace public.

Ou alors y a que dans ma région où pas-tous-les-hommes cis se comportent avec les femmes seules au volant comme si elles étaient au choix des pizzas gratos ou des cafards dans leur douche ?

*je sens que ce nouveau concept va plaire aux mascus, je les vois déjà faire la queue pour faire caca dans mes DM…

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que 34% des femmes (contre 8% des hommes) aient peur ou n’aiment pas conduire. 

Pas étonnant non plus que les femmes représentent les 2/3 des 6,2% des titulaires du permis qui ne prennent jamais le volant et qui, surprise ! (toujours pas…) sont pour la plupart d’entre elles en couple cis hétéro.

Car croyez-le ou pas, mais le partage de la conduite au sein d’un couple cis hétéro est genré (ça alors, incroyable ?!). Si les femmes conduisent à peu près autant que les hommes (11200 km par an contre 12500, d’après une étude TNS Sofres de 2012), elles ne conduisent pas pareil, ni dans les mêmes circonstances. 

Lorsque Madame conduit, la plupart du temps, c’est parce qu’elle est seule ou avec les kids. S’il y a un homme adulte avec elle dans la voiture, dans 9 cas sur 10, c’est lui qui conduit, et c’est elle qui gère les kids à l’arrière s’il y en a, Google Maps, Waze, l’eau, les mouchoirs, les chips, les pauses pipi, McDo et dodo, les photos sur lesquelles elle n’apparaît jamais, la lecture du guide touristique, les échanges avec les autochtones etc. 

Et tout le monde trouve ça normal et égalitaire, bien entendu.

Jusqu’à ce Madame suggère à Monsieur de partager le volant, comme elle lui a suggéré de partager l’aspi ou le nettoyage des chiottes. Car en général, Monsieur est aussi réticent à céder « son » volant qu’à s’emparer du balais à chiottes « de Madame ».

Si le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale, dixit Titiou Lecoq, il reste aussi à mener derrière le volant.

Pensez-y, au moment de prendre l’A6…

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