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Pendant le confinement, je n’ai aucune envie de « surjouer la délicatesse » ou d’être « douce, sensuelle et zen »

Je n’ai jamais été délicate ni zen, et c’est pas aujourd’hui, alors que j’ai zéro visibilité sur mon avenir sanitaire, social, professionnel, économique et capillaire que je vais le devenir. Surtout, le confinement n’est pas une « occasion » de renouer avec sa féminité profonde, comme nous y invite Madame Figaro cette semaine, mais plutôt une fatalité qui rebat les cartes de la féminité. Et c’est bien le seul effet collatéral de cette réclusion généralisée qui pourrait profiter à toutes les femmes.

(c) Kinga Cichewicz @all_who_wander via @unsplash

Il y a un point qui semble toujours échapper à la plupart des médias pas que féminins et qu’il n’est donc pas inutile de préciser pour commencer : le confinement n’est pas une « occasion », mais une tannée pour 99% de la population française, même privilégiée, dont je fais partie. A choisir entre rester entre ses quatre murs – même espacés et décorés avec goût – et être privé.e de toute activité sociale et culturelle ainsi que d’une partie ou de la totalité de ses revenus, et pouvoir serrer les gens qu’on aime dans ses bras et sortir de chez soi sans risquer une amende, des agios et/ou un signalement au vigile du Leclerc en cas de reniflement suspect au rayon Babybel, franchement, qui choisirait la première option ?

Prétendre que le confinement met tout le monde sur un pied d’égalité est obscène.  Mais affirmer qu’il est une « opportunité » pour certains et particulièrement pour certaines, censées en « profiter » pour faire des tas de trucs à la fois cools et productifs est également problématique, car doublement culpabilisant. Comme l’écrivait Diglee dans un post déjà cité que je vous invite à lire et à relire et à tartiner sur vos biscottes, on est toute la privilégiée d’une autre, ce qui est en soi culpabilisant pour une population éduquée à se remettre en question et à faire de son mieux sans trop la ramener. En ce moment on culpabilise donc une première fois d’avoir un jardin / un balcon / un pot de basilic sur le rebord de la fenêtre alors que d’autres sont plus mal loti.e.s, et on ajoute une couche de culpabilité sur notre mauvaise conscience parce qu’on n’a toujours pas appris la permaculture / redécoré le balcon / transformé le basilic en pesto maison.

Levons ce malentendu une bonne fois pour toutes : le confinement n’est pas un kiff, pour personne, tout simplement parce qu’il n’est pas un luxe ni une option mais une obligation, pour tout le monde.

Tout le monde a donc le droit de flipper d’être assigné.e à résidence même confortable, et personne n’est obligé.e de positiver et de rentabiliser à tout prix ce temps que la plupart des médias féminins veulent nous vendre comme un temps « pour prendre soin de soi », traduire : « pour rester dans les normes de la féminité traditionnelle », traduire : « douce, lisse, mince, ferme, jeune, jolie, souriante et bonnasse. »

Même Serena Williams, pourtant ceinture noire de féminisme dont je n’ai jamais pensé et écrit que du bien est tombée dans le panneau. Ainsi le 13 mars dernier, elle postait une vidéo d’elle ultra glamour en train d’être maquillée dans une pièce manifestement plus grande qu’un studio parisien avec au moins une personne en arrière plan, légendée : « Passer les six prochaines semaines en solitaire. Être une épouse. Une mère. Cuisiner. Nettoyer. Faire le nettoyage de printemps. Faire des masques. Des tutos make-up. »

Bref, (re)devenir une femme, version Betty Draper.

Alors entendons-nous… Je ne condamne pas les faux-cils, ni le Cif, ni même la presse féminine pour laquelle je travaille depuis plus de quinze ans, ce qui ne m’a jamais privée d’avoir sur elle un regard critique (on parlera de mes ambigüités un autre jour, si vous y tenez vraiment…). Et bien sûr que c’est super de vivre dans un endroit salubre qui sent le pin des Landes même de synthèse plutôt que la vieille chaussette même en pure soie, et c’est super aussi de se sentir zen et sensuelle et de se trouver jolie même en pyjama.

Ce qui est moins super, c’est la récurrence du message et son absence d’alternative. Le problème, ce n’est pas de porter un soutif en soie sous une robe de chambre affriolante en touillant les coquillettes (ou le quinoa bio venu du Pérou en canoë), c’est la confusion entre le confort et le « laisser aller », entre la libération et le relâchement, entre la liberté et l’absence de féminité.

Pour le dire autrement, le problème, ce n’est pas Gwyneth Paltrow, c’est de faire de Gwyneth Paltrow le seul modèle de féminité qui vaille, en période « normale » comme en période exceptionnelle.

Il faut en finir avec cette idée persistance selon laquelle la pire chose qui puisse arriver à une femme est de ne plus ressembler à cette femme façonnée par des critères esthétiques sexistes à laquelle, hors période de confinement, on est toutes plus ou moins obligées de se conformer parce que, comme le dit la philosophe Camille Froidevaux-Metterie, nous avons « intériorisé ces regards d’hommes, mais aussi de femmes, qui jaugent et critiquent. Si nous prenons soin de nos apparences, c’est parce que nous savons que, dans le monde, nous serons regardées. » C’est la première fois de l’histoire moderne que nous sommes obligées de cohabiter avec nos corps rendus à leur nature. Comme l’écrit justement la journaliste Myriam Levain, cette cohabitation peut être plus ou moins facile, plus ou moins douloureuse, mais le fait est c’est la première fois que nos corps nous sont rendus et nous appartiennent vraiment.

Ce post n’est donc pas un appel à balancer vos rasoirs, vos lipsticks et vos push-up mais une invitation à vous demander pour qui et pour quoi vous les utilisez. Il n’y a rien de mal à se faire belle et à se trouver jolie, avec ou sans poil, avec ou sans lipstick, avec ou sans soutif rembourré comme un appui-tête.

Mais il n’y a rien de mal non plus à indexer sa féminité et sa valeur sur d’autres éléments moins tangibles.

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Bonne nouvelle pour celleux qui se désespéraient – le mot n’est pas trop fort – du fait que la version papier de Lâchez-nous l’utérus ! soit épuisée, et la version numérique toute pourrie ! Celle-ci a ENFIN été mise à jour, et le livre est désormais téléchargeable et lisible sur toutes les applis liseuse comme Kobo, par exemple. (merci pour vos photos, continuez de me les envoyer sur Instagram, Facebook ou par mail à fionaschmidt@me.com, je les garde précieusement dans un album de la love !!!)
A voir sur arte.tv, la formidable série d’animation de six épisodes courts (7 minutes chacun) consacrés à six espionnes du monde entier qui ont travaillé pour le KGB, la DST, la CIA ou le Mossad pendant la guerre froide. Adaptée de l’enquête de la journaliste Chloé Aeberhardt et lue par la comédienne Miou Miou, « Les espionnes racontent » rappellent le rôle fondamental joué par les femmes dans les services secrets.
A écouter en podcast sur France Inter, l’émission de Stéphanie Duncan, Autant en emporte l’histoire, consacrée à la seule espionne restée dans l’imaginaire collectif, j’ai nommé Mata Hari. Vivement recommandés aussi : les épisodes consacrés à d’autres badasses de l’histoire célèbres, comme George Sand, Mary Shelley(l’autrice de Frankenstein) ou Hedy Lamarr, et moins célèbres, comme la photographe Tina Modotti, la révolutionnaire Théroigne de Méricourt ou l’artiste de la Renaissance Artemisia Gentileschi.
A découvrir sur Canal+, la série Mrs America qui raconte les combats féministes des années 70 du point de vue de ses opposantes, via Phyllis Schlafly (interprétée par Queen Cate Blanchett), une mère au foyer bourgeoise mobilisée contre l’amendement constitutionnel garantissant l’égalité des genres. On y croise les iconiques Gloria Steinem (Rose Byrne, en photo) et Betty Friedan (Tracey Ullman) mais aussi Shirley Chisholm (Uzo Aduba, l’inoubliable Susan de Orange is the new black ^^), première candidate noire à l’élection présidentielle zappée par l’histoire… et par les féministes.