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Le look d’investiture de Kamala Harris est parfait, parce qu’il est politique

A priori, évoquer le look de la nouvelle vice-présidente des Etats-Unis en ce jour radieux d’investiture qui marque la fin officielle de 4 ans de trumpisme (ressenti 40) revient à peu près à se concentrer sur la couleur du stylo avec lequel ont été ratifiés les accords d’Evian.

(c) capture d’écran BFMTV

Et pourtant…

Il est loin d’être anodin, tant la mode est politique, notamment à Washington DC, où les femmes de pouvoir ont depuis longtemps compris l’importance de la représentation.

Lorsque Hillary Clinton, la première femme candidate à la Maison Blanche, porte un tailleur blanc (signé Ralph Lauren) lors de la cérémonie du parti démocrate en 2016, c’est politique – le blanc symbolise le mouvement des suffragettes américaines.

Lorsque pour affronter Trump lors de son troisième et dernier débat télévisé, elle porte à nouveau un tailleur blanc, c’est politique. Lorsque ses partisanes appellent à aller voter en blanc avec le hashtag #WearWhiteToVote, c’est politique. Et lorsque Hillary Clinton concède publiquement la victoire à Trump habillée en violet, la couleur internationale des féministes, aux côtés de son époux dont la cravate est également violette, c’est politique.

Lorsqu’en février 2019, la quasi totalité des 89 députées démocrates assistent au discours de Trump devant le Congrès vêtues de blanc, c’est politique.

Lorsqu’Ilhan Omar, la seule députée musulmane qui porte le voile arbore les couleurs du drapeau américain lors de ce même discours, c’est politique.

Lorsque Kamala Harris entre dans la course aux primaires démocrates en violet, c’est triplement politique : non seulement le violet est l’emblème des féministes, mais c’est aussi la couleur de l’union et du bipartisme aux Etats-Unis, et de la robe dans laquelle la militante afro-féministe Shirley Chisholm, la première femme noire à briguer la présidence, annonça sa candidature aux élections démocrates en janvier 1972.

Lorsque Kamala Harris prononce son premier discours officiel dans un tailleur blanc signé par une femme designer (en l’occurrence Carolina Herrera), ce fameux discours dans lequel elle affirme qu’elle est la première femme à entrer à la Maison Blanche mais certainement pas la dernière, c’est politique.

Lorsque ses détracteurs reprochent à la députée Alexandria Ocasio-Cortez d’arborer des tenues de luxe dans le Vanity Fair de décembre 2020, avant de railler Kamala Harris à cause de sa tenue « trop » décontractée en Une du Vogue US de ce mois-ci, c’est sexiste – et aussi politique.

Lorsque cette même Une est signée par Tyler Mitchell, le premier photographe noir à avoir fait la Une du Vogue américain en août 2018, 126 ans après la création du magazine, c’est politique. Surtout qu’à l’époque, il a seulement 23 ans, et qu’il photographie Beyoncé. 

Lorsqu’hier soir, pour une sortie publique officielle à la veille de son investiture, Kamala Harris rend hommage aux victimes américaines devant le Lincoln Memorial de Washington vêtue d’un manteau Pyer Moss, le designer haïtien-américain qui affole les rédacteur.ices mode, c’est politique. Et la tenue violette monochrome de Jill Biden ce même soir ne peut pas être anodine non plus.

Lorsque Hillary Clinton et Michelle Obama assistent aujourd’hui au discours d’investiture du nouveau président et de sa vice présidente en violet et en pourpre, c’est politique, d’autant que Michelle Obama arbore un (sublime) ensemble signé par l’Américain Sergio Hudson, l’un des rares designers noirs d’une industrie de la mode encore très blanche.

Et lorsque la première femme, noire, asiatique et nullipare est investie à la Maison Blanche dans un ensemble violet signé Christopher John Rogers, le lauréat afro-descendant du prestigieux CFDA fashion award 2020 de l’American Emerging Designer, j’ai la chair de poule. 

Alors quand j’apprends qu’une jeune femme noire a créé un groupe Facebook pour inciter des centaines de milliers de ses concitoyennes à arborer des perles aujourd’hui, en l’honneur de Kamala Harris dont c’est l’accessoire fétiche et le symbole d’Alpha Kappa Alpha, sa sororité à Howard, une université historiquement Noire, bon ben là, j’ai carrément le coeur qui pond des Smarties.

Tant que l’on jugera les femmes sur leur apparence, tant que ce qu’elles portent sera plus important que ce qu’elles pensent et font, alors la mode sera politique. Et Madame la Vice Présidente vient de donner au monde une leçon de style magistrale.

Go Kamala, go !

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