Description du projet

Quoi répondre aux défenseur.ses de Roman Polanski et autres types qui ont “beaucoup de talent” ?

La France est partagée en deux catégories : il y a celleux que ça chiffonne d’aller voir le nouveau film encensé par la critique d’un cinéaste génial accusé de viol par six femmes qui avaient entre 10 et 18 ans au moment des faits, et celleux qui ne voient pas où est le problème.

Etrangement, il semble y avoir nettement plus de monde dans la deuxième catégorie que dans la première si l’on en croit les chiffres du box office, puisque J’accuse caracole en tête du box office français depuis sa sortie il y a dix jours et réalise même le septième meilleur démarrage de l’année -il s’agirait même du meilleur démarrage de toute la carrière de Polanski. C’est d’autant plus étrange que parmi les 501 228 spectateur.ice.s à avoir vu le film hier, on en trouve probablement assez peu qui cautionnent la pédocriminalité -oui, parce qu’on dit « pédocriminalité » désormais et plus « pédophilie », parce que « phile » vient du grec “philia” qui signifie aimer, or le fait de violer des enfants n’a rien à voir avec l’amour (le fait de violer tout court non plus, notez).

“Etrange” n’est d’ailleurs pas le bon terme. “Malaisant”, comme disent les gens nés après 1995, est plus approprié.

Ce qui est malaisant dans ce nouveau ricochet de l’affaire Polanski ouverte depuis mars 1977 et jamais refermée depuis, ce n’est pas que le cinéaste continue de faire des films : c’est son métier après tout, il le fait bien, et puis à 86 ans, il est un peu tard pour songer à une reconversion dans le foot professionnel, même en Chine… Ce n’est pas non plus que le film soit distribué dans 545 salles en France, ce qui est énorme. En plus d’être contraire aux principes de la démocratie, la censure ne règlerait pas le problème, elle ne ferait que le cacher sous une bâche d’hypocrisie qui ne le rend que plus visible. Sans compter que le problème n’est pas le film en lui-même mais l’impunité dont jouit Polanski.

Non, ce qui me met vraiment mal à l’aise, c’est le nombre de gens qui se ruent dans les salles – Quoique même ça, à à la limite, s’ils le faisaient discrètement, avec quelques scrupules et la tête qu’on fait quand on remet son analyse de selles au labo… En fait, je crois que ce qui me met carrément la gerbe, ce sont les arguments sous vide que d’aucun.e.s régurgitent gaiement dans l’espace public pour justifier d’être allés voir le film et inciter les scrupuleux.se.s à y aller à leur tour.

Depuis dix jours, on a ainsi le droit à un véritable bingo national dont voici la grille gagnante (NB : même pas besoin d’être allé ou d’aller voir le film pour jouer et gagner, c’est vraiment un jeu convivial) :

A titre personnel, je trouve fascinant que ces arguments ne changent pas : d’année en année on les remâche inlassablement et on les ressert à l’identique, sans même prendre la peine de les réchauffer, comme si la société n’évoluait pas. Autre truc fascinant : ces arguments one-size-fits-all sont recyclés quasi indifféremment sur tous les auteurs de crimes sexistes ou sexuels. Remplacez Polanski par Woody Allen ou Bertrand Cantat et l’argument Jean Dujardin par ” “Scarlett Johansson le soutient” vous verrez, vous obtiendrez à peu près le même bingo.

Mais alors pourquoi ces arguments continuent-ils de boucher le transit intellectuel collectif après #MeToo, après Adèle Haenel, après des centaines de milliers de plaintes, d’expériences partagées dans l’espace public et sur les réseaux sociaux, partout dans le monde ? Et surtout : comment on en vient à bout, bordel !?

La méthode du sourire crispé et du changement de sujet n’est pas efficace : ça fait des siècles qu’on l’observe. Peut-être qu’il faut oser prendre le bâton de parole pour ramer à contre courant. C’est épuisant, je sais. Mais en se relayant, qui sait quel miracle on peut accomplir…

Quoi répondre à quelqu’un.e qui dit : “elle était formée” ?

Ce n’est pas parce qu’une enfant de 13 ans a des formes de femme qu’elle est une femme. Surtout, les seins d’une jeune fille ne tombent pas dans le domaine public dès lors qu’ils deviennent visibles par le public : penser le contraire, penser que le consentement d’une femme est indexé sur la hauteur de ses talons, l’épaisseur de son maquillage, la profondeur de son décolleté, la longueur de sa jupe et donc, la taille de son soutif, c’est avoir infusé.e beaucoup trop longtemps dans la culture du viol. I have le dream qu’un jour pas trop lointain on finisse par comprendre que de vrais êtres humains habitent à l’intérieur du corps des femmes, et que celui-ci ne leur appartient qu’à elles.

Quoi répondre à quelqu’un.e qui dit : “On était pas là…” (variante : “c’est sa parole contre la sienne”) ?

Moi aussi, je suis à fond pour la présomption d’innocence. Vraiment. Je remarque seulement que c’est toujours les mêmes qui en bénéficient. Plus tu es un homme cis hétéro puissant père de famille et vieux, plus tu es présumé innocent. A titre personnel, dans des cas comme celui de Valentine Monnier qui accuse Polanski de l’avoir violée il y a 44 ans, et compte tenu du passif du mec, j’ai plutôt tendance à défendre la présomption d’honnêteté de la victime.

Quoi répondre à quelqu’un.e qui dit : “Y a prescription” ?

C’est vrai. Les faits dénoncés par Valentine Monnier se seraient déroulés il y a 44 ans et sont donc prescrits au regard de la loi française. Ce qui ne signifie pas qu’ils n’ont pas eu lieu, ni que le temps émousse la gravité des faits, ou le traumatisme de la victime.

Quoi répondre à quelqu’un.e qui dit : “Encore une qui se victimise…” ?

Il y a toujours eu un gros malentendu à propos de ce terme… Ca veut dire quoi, “se victimiser” ? Demandez donc à Google, et constatez comme moi que les images illustrant la requête sont pour 90% des photos de femmes. Coïncidence ? Pas sûr… “Se victimiser”, c’est se complaire dans sa faiblesse que l’on dit ontologique pour susciter la compassion. En faisant entendre sa voix après avoir pataugé seule dans son traumatisme pendant près d’un demi-siècle, Valentine Monnier ne veut ni réparation ni compassion, elle veut que certains mecs cessent de violer des jeunes filles en toute impunité. Elle veut que le système change, et sa parole est un rouage du changement. Or soulever des siècles de préjugés sexistes avec sa seule voix, c’est le contraire de la faiblesse : ça requiert une force incroyable. Noémie Kocher, qui porta plainte contre Jean-Claude Brisseau en 2001 et subit à l’époque la complaisance de toute la presse et la médiatisation de “détails sordides” (ce sont ses termes) ne dit pas autre chose : « Je ne suis pas une victime! Quand j’ai décidé de porter plainte, j’ai récupéré ma dignité, j’ai brisé l’emprise. Je n’étais plus son objet. Mais un sujet. »

Quoi répondre à quelqu’un.e qui dit : “C’était une autre époque…” ?

Yep, c’est vrai. A l’époque, le fait de violer des petites filles n’était pas si grave… du point de vue des agresseurs, et de la loi. Mais je doute que les victimes aient jamais partagé cette joyeuse désinvolture. Par ailleurs le temps n’enlève rien au caractère criminel d’un usage : l’esclavage, c’était aussi une autre époque. L’antisémitisme, c’était aussi une autre époque (oh but wait…).

Quoi répondre à quelqu’un.e qui dit : “Encore une victime de la censure…”

Alors, remettons un tout petit peu les choses en perspective si vous le voulez bien… Polanski n’est pas censuré et ne l’a jamais été : il est une figure incontournable et indéboulonnable du cinéma français, qui dans son écrasante majorité le soutient. Parler de censure quand un film qui suscite des critiques dithyrambiques dans toute la presse est distribué dans plus de 500 salles en France et a déjà été vu par près d’un demi-million de spectateur.ices dix jours après sa sortie, c’est insultant pour les artistes qui sont, eux, “réduits au silence, menacé·e·s, éliminé·e·s ou contraint·e·s à l’exil de pays où le pouvoir s’oppose en pleine lumière à la liberté de dire et de créer”, comme le souligne très justement un collectif de critiques d’art dans une tribune publiée aujourd’hui dans Libération. Par ailleurs, réfuter le droit de s’exprimer à celles qui s’opposent à l’impunité d’un mec au nom de sa liberté d’expression à lui, n’est-ce pas le camembert qui dit au munster : “Tu pues ?”

Quoi répondre à quelqu’un.e qui dit : “Il faut dissocier l’homme de l’artiste”

Il y a quelques jours, à la sempiternelle question posée par le Huffington Post, une certaine Almira Gulsh a répondu sur Twitter : “Ca dépend, Cantat il a tué la femme ou l’actrice ?” Voilà. On pourrait aussi remarquer que le portefeuille de l’artiste est le même que celui de l’homme. Ou encore que Polanski lui-même dissocie que dalle tellement son dernier film est une parabole de ce qu’il considère comme son cas personnel – l’erreur judiciaire, le martyre persécuté par une justice expéditive et antisémite, la réhabilitation… (qui parlait de victimisation, déjà ?) Une parabole dont il a lui-même conscience qu’elle est un peu touchy, puisqu’il a changé sa communication à la dernière minute. Sans doute s’est-il souvenu qu’à la différence du colonel Dreyfuss, lui-même avait reconnu avoir drogué pour sodomiser une petite fille de treize ans, des faits pour lesquels il a été condamné à une peine de prison… Enfin, c’est “marrant” comme la dissociation à faire entre l’homme et l’artiste dépend toujours du talent de l’artiste et de la notoriété de sa victime. Polanski, faut dissocier, ses victimes ne sont pas très connues, et lui est un génie, or le génie est une circonstance atténuante du crime -un peu comme l’amour relativise le féminicide (enfin, sauf pour la victime bien sûr, mais who cares ?). Mais pour Christophe Ruggia, qui a agressé Adèle Haenel lorsqu’elle avait entre 12 et 15 ans, c’est pas la peine de dissocier, parce qu’il est moins doué que Polanski, et en plus Adèle Haenel a une filmographie impeccable et un César. Logique, non ?

Quoi répondre à quelqu’un qui dit : “Y en a pas un peu marre de cette histoire, franchement ?”

Franchement ? Si, y en a plein le dos et les régions plus au sud. Et si les gens mettaient autant d’énergie à dénoncer les agressions sexuelles que celles qui les dénoncent, on pourrait ENFIN passer à un autre sujet. Moi aussi, j’en rêve.

(c) Christophe Archambault / AFP – Nils Quintelier / AFP

Le soutif est-il politique ? Evidemment, et il est même révolutionnaire : c’est le propos de Marie Schott, ex-DG d’Undiz et pro de la lingerie, à l’origine d’un projet très qu’elle dévoile progressivement sur le compte @bra.revolution, consacré aux rapports intimes des femmes à leur lingerie. C’est beau, c’est inspirant, c’est surprenant : vivement la suite !
Du 28 novembre au 1er décembre, la super asso @regleselementaires et la non moins super Camille de @jemenbatsleclito invitent les Parisien.ne.s à une collecte de dons contre la précarité menstruelle à l’hôtel Hoxton. Tampons, cups, serviettes hygiéniques, lingettes… tous les produits de toutes les marques sont bienvenus ! Non parisiennes, vous pouvez envoyer vos dons à Règles Élémentaires, Les Grands Voisins, 74 avenue Denfert Rochereau, 75014 Paris. Merci !
En ce mois anti-gaspi et recyclote, ce même hôtel Hoxton accueille le pop up’cycling des copines de Modetrotter, qui présente une collec’ exclusive (et canon, évidemment…) créée à partir de chutes de vêtements. Une boîte de collecte de vêtements de la Croix Rouge sera également à dispo, et pour tout don de vêtement, vous recevrez un bon d’achat chez Modetrotter. Jusqu’au dimanche 24 novembre, de 11h30 à 19h30. 32 rue du Sentier, Paris 2ème.
Les copines (et le copain 😉 de Meuf Paris ont ouvert leur pop up du turfu et de Noël ^^. L’occasion de dégourdir la puce de sa CB pour être bonne avec ce merveilleux sweat de saison et/ou des chaussettes imprimées “elles seules m’arrivent à la cheville” et rebonne : pour chaque achat en boutique ou en ligne, Meuf reverse 1€ à la Maison des femmes. Jusqu’au 22 décembre, 27 rue des Rosiers, Paris 4ème.