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Marre de supporter la contraception seules alors que les hommes sont responsables de 100% des grossesses non désirées

 

Alors que le préservatif est le plus efficace, le moins cher et le plus healthy des contraceptifs, la contraception reste encore trop souvent une affaire de femmes au sein du couple hétérosexuel. Ce qui pèse lourd sur notre agenda, notre budget, notre moral et notre santé.

J’ai 37 ans et je suis sous contraceptif depuis 22 ans.

Mon premier amoureux qui n’aimait pas beaucoup les préservatifs m’avait suggéré d’aller me faire prescrire la pillule, aussi étais-je allée, seule et en scred, chez le seul gynéco de la petite ville où j’ai passé une partie de mon adolescence. J’avais 15 ans et je ne savais pas grand chose du sexe, si ce n’est que c’était très dangereux pour les filles : on pouvait attraper le SIDA, tomber enceinte ou « se faire avoir » par un garçon qui ne « cherchait que ça » (à la fin des années 90, faire l’amour avec quelqu’un qu’on ne comptait pas épouser ensuite consistait pour une fille à « se faire avoir », et pour un garçon à prouver sa virilité à ses potes. Heureusement, les temps changent. Poisson d’avril).

Le gynéco m’avait donc prescrit une pilule, sans trop m’expliquer comment ça fonctionnait, mais non sans avoir remarqué tout haut : « Eh ben, t’es pas en retard ! », façon d’observer que j’étais bien jeune pour éviter de me reproduire. Cette pilule m’a fait grossir et me donnait la nausée, je ne savais pas trop ce qu’il y avait dedans mais ça empêchait d’avoir des bébés sans déranger mon amoureux, c’était donc l’essentiel et pour le reste, ma foi, il y avait le lycra et le Vogalène.

J’ai mis un an avant de retourner chez le même gynéco pour qu’il me prescrive une autre pilule, non remboursée, que je tolérais mieux mais dont je supportais seule le coût avec l’argent de poche que me donnaient mes parents pour me remercier de leur éviter d’avoir à faire dératiser ma chambre. J’ai pris cette pilule pendant 4 ans avant que des analyses de sang ne révèlent qu’elle augmentait mon taux de cholestérol (mes parents m’ont transmis leur passion pour les animaux et un taux de cholestérol de compétition : j’aurais préféré une villa dans l’arrière-pays niçois, hélas, je n’ai jamais pu échanger). Entre temps j’avais changé d’amoureux, de ville et de gynéco.

Ma nouvelle gynéco m’a alors conseillé d’adapter mon régime alimentaire plutôt que de changer de pilule car il n’était pas question qu’elle me pose un stérilet alors que je n’avais pas encore eu d’enfant. Lorsque je lui ai dit que je n’en voulais pas, elle m’a regardé comme si je lui avais pissé sur le pied avant de se reprendre et de me dire : « Vous changerez d’avis. » Elle était la science, j’étais la profane, je me suis donc passée de fromage et de sucres pendant deux ans avant d’apprendre qu’il existait d’autres moyens contraceptifs comme le diaphragme ou la ligature des trompes.

Et le préservatif bien sûr mais la plupart des garçons n’aiment pas ça et les goûts des garçons, au début des années 2000, c’était sacré, ça ne se contestait pas… Il y avait aussi la vasectomie, non définitive et aussi contraignante qu’une seule de mes visites chez le.la gynéco, mais j’aurais préféré avaler des vers de terre vivants plutôt que de suggérer à un homme de toucher à son lance-bébés : je ne sais plus où je l’avais appris mais je savais que le zizi des garçons était aussi sacré que leurs goûts, et qu’à l’instar de la Joconde au Louvre, il était interdit d’y apporter la moindre touche personnelle, même réversible.

Lasse de prendre une pilule hors de prix qu’il me fallait prendre à heure fixe sous peine de déclencher des saignements et qui, accessoirement, n’était pas sans conséquence sur ma santé, et respectueuse du confort pénien de ces Messieurs qui avaient plus de plaisir sans capote et sans trop se poser la question à mon sujet, je me suis alors mise en quête d’un.e gynécologue qui accepte de me ligaturer les trompes ou de me poser un stérilet. J’avais 25 ans, je ne voulais toujours pas d’enfants, je voulais juste baiser tranquille sans avoir peur de choper un bébé (ou une maladie mais de ce côté-là, j’étais peinarde, je ne couchais qu’avec des mecs parfaitement clean, si bien que je me demande encore comment j’ai pu choper des IST sans gravité mais souvent gênantes, chronophages, coûteuses et culpabilisantes (bisous à tous les gynécos qui m’ont mecxpliqué que c’était inconscient et irresponsable de baiser sans capote et que je devrais TOUJOURS en avoir sur moi, dans ce kit de survie féminin généralement composé de Doliprane, mouchoirs, parapluie, barre énergétique, chewing-gum, Tampax, serviette hygiénique pour les filles en panne qui n’aiment pas les tampons, Bic, feutre au cas où le Bic ne fonctionne plus, chargeur de portable, briquet, allumettes au cas où le briquet tombe en rade, culotte de rechange, détacheur, lingettes nettoyantes, gel hydroalcoolique, mascara, poudrier, anti-cernes, déo, bombe lacrymo, pansements de plusieurs tailles, sac pliable… Les sacs à main ont été inventés pour ça : pour permettre aux femmes de ranger ce qui leur est nécessaire pour traverser la journée sans trop d’emmerdes (et balader les clés, le portefeuille, le portable et les clopes de leur mec). Les hommes n’ont pas besoin de sac à main : ce sont des hommes, ils parviendront toujours à se débrouiller avec deux bouts de bois et du manioc. #MikeHorn)

Pendant presque dix ans, tandis que je leur disais que je ne voulais pas d’enfants et que je n’en voudrai jamais, des gynécos m’expliquaient que le stérilet accroissait les risques de stérilité définitive, un préjugé scientifiquement infondé mais qui a attendu la mi-temps des années 2010 et l’arrivée des DIU de 3ème et 4ème générations pour être (mal) démonté. J’ai donc continué de prendre la pilule puisque je persistais à avoir une vie sexuelle improductive, juste pour le fun, que les mecs que je rencontrais trouvaient le sexe meilleur (pour eux) sans capote, et qu’il n’était pas question pour le corps médical de toucher à mes trompes puisque j’étais susceptible de changer d’avis au sujet de la maternité à tout moment (quel est le mot que les médecins ne comprennent pas dans l’expression : « Je ne veux pas d’enfant », au juste ?).

Alors que le stérilet est plus efficace, moins cher et nettement moins contraignant que la pilule, il m’a donc fallu attendre d’avoir 34 ans pour qu’une gynécologue accepte enfin de m’en poser un en dépit du fait que non, décidément, je ne voulais toujours pas d’enfant (mon utérus est têtu, lui aussi). J’ai alors passé une hystérométrie pas super agréable et non remboursée par la Sécurité Sociale afin de vérifier que la forme et la profondeur de mon utérus étaient bien compatibles avec ce dispositif, et j’ai pleuré de douleur lorsque la gynéco a fini -alleluia !- par poser mon stérilet. J’ai alors saigné pendant près de trois semaines et ressenti de violentes crampes utérines à intervalles imprévisibles qui m’empêchaient périodiquement de mener toute activité professionnelle, sociale et bien sûr, sexuelle. Lorsqu’au bout de quatre mois je suis retournée la voir au sujet de ces douleurs persistantes, ma gynéco m’a assuré qu’elles finiraient par passer et que je n’avais qu’à prendre de l’Advil et surtout « mon mal en patience », je cite.

De fait, au bout de quelques mois, les douleurs ont fini par disparaître et je suis heureuse de vous apprendre que je supporte une méthode de contraception qui convient à mon mec et accessoirement, à moi. Autrement dit, j’ai mis plus de vingt ans à trouver un contraceptif qui me donne entière satisfaction, pour parler comme chez Darty. Moralité : la contraception féminine est une invention merveilleuse à laquelle je tiens plus que tout, mais non, ce n’est pas facile. Moins que d’aller acheter une boîte de capotes à la pharma, en tout cas.

Pendant plus de vingt ans, j’ai montré ma machine à bébés à une quinzaine de chattologues qui m’ont tour à tour dit que j’étais superficielle lorsque je m’alarmais d’avoir pris du poids, irresponsable lorsque j’oubliais de prendre ma pilule à heure fixe (« Et les IST, vous y avez pensé ? »), inconsciente lorsque j’admettais n’avoir pas arrêté de fumer, ingrate lorsque je formulais le désir d’arrêter la pilule (« Cétait bien la peine que vos grands-mères brûlent leurs soutifs, tiens ! »), ou chochotte, lorsque mon nouveau stérilet m’empêchait de me lever certains jours de la semaine.

Pendant plus de vingt ans, j’ai trouvé normal que le corps médical ignore ma volonté de me faire ligaturer les trompes et me fasse culpabiliser au sujet de mes méthodes de contraception successives dont il ne m’exposait ni le fonctionnement ni les alternatives : aucun.e gynéco ne m’a jamais parlé de diaphragme, de préservatif féminin ou d’anneau vaginal, par exemple. Ah si seulement Alexa avait été inventée un peu plus tôt…

Pendant plus de vingt ans, j’ai trouvé normal de sacrifier mon temps et mon énergie à prendre des contraceptifs qui plombaient ma santé, mon moral et mon portefeuille pour que mes partenaires sexuels éprouvent “plus” de plaisir  -non que le fait de faire l’amour avec un préservatif ne leur procurait AUCUN plaisir, simplement, ça leur en procurait « moins », alors qu’avec un peu de ma bonne volonté, ils éprouveraient un taux de satisfaction de 10/10 : ça valait le coup (pour eux).

« Les femmes présentent une défiance accrue vis-à-vis des contraceptions hormonales, et notamment par rapport au risques de prise de poids ; des risques liés à l’association pilule-tabac (elles préfèrent arrêter la pilule plutôt que le tabac…) ; des risques théoriques d’une augmentation du cancer du sein ; des risques hypothétiques d’une baisse de la libido. » : Il y a quelques mois, je n’aurais pas trouvé cette phrase prélevée sur le site d’un éminent gynécologue-obstétricien parisien particulièrement condescendante ni infantilisante. J’aurais certainement culpabilisé d’être moi-même si paranoïaque au sujet du cancer du sein qui ne tue jamais que 12,000 femmes en France chaque année ou d’une baisse éventuelle de ma libido (« y a des sujets plus graves dans la vie », comme on dit généralement aux femmes qui lèvent le doigt pour faire observer ou plus rarement demander quelque chose).

« A chaque femme, sa contraception » écrit le même gynéco à la fin de son article. Il y a quelques mois, je l’aurais trouvé hyper sympa de me laisser le choix de mon anti-bébé, et normal, parfaitement normal, qu’il considère que la contraception incombe aux femmes et à elles seules : après tout, la grossesse, comme l’achat de PQ, l’organisation des vacances ou le féminisme n’est-elle pas une « affaire de femmes » au sein d’un couple hétéro ?

Or il semblerait qu’en 2019, on soit deux à faire des enfants, et que tout le processus de grossesse et donc, de contraception concerne également les hommes.

Alerter l’opinion publique, améliorer les contraceptifs féminins existants en réduisant les effets secondaires, responsabiliser les mecs et partager la charge contraceptive : c’est tout l’objet de la tribune rédigée par l’illustratrice Diglee, Sabrina Debusquat, autrice de J’arrête la pilule et créatrice du compte #PayeTaContraception et Marie-Hélène Lahaye, autrice de Accouchement : les femmes méritent mieux et du blog Marie accouche là, et publiée mardi dans Libération.

A titre personnel, je trouve assez vertigineux d’avoir attendu 2019 et 37 ans pour imaginer un monde dans lequel les hommes se soucieraient autant de leur plaisir que des conséquences que celui-ci entraîne sur la santé, le budget, l’agenda et le moral de leurs partenaires sexuelles.

Un monde où plutôt que de décréter que la capote c’est naze, sans trop demander son sentiment à la dame au bout, ils apprendraient simplement à s’en servir.

Un monde où la science n’attendrait pas 2019, soit 67 ans après l’invention de la pilule féminine, pour mettre au point une pilule masculine qui semble efficace, mais qui présente malheureusement les mêmes effets secondaires que la nôtre : fatigue, acné, maux de tête ou encore baisse de libido à des degrés peu importants. La dernière tentative de commercialisation d’une pilule masculine s’était soldée par un échec, justement à cause de ces effets secondaires que la même science nous enjoint, à nous les femmes, de supporter stoïquement et avec le sourire, parce que ce serait couillon d’être imbaisable sous pilule.

Imaginez un monde où plutôt que de fliquer le corps des femmes, leur morale et leur sexualité, les hommes prendraient la responsabilité des leurs.

Allez, oh hisse : I have tous ces dreams.

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