Description du projet

Ma playlist de l’été

Quoi lire, écouter et regarder pour se bronzer l’intérieur de la tête et garder les marques le plus longtemps possible à la rentrée ?

Photo by James Pond on Unsplash

 

J’avais très envie de vous souhaiter un bel été après cette première mi-temps 2020 que l’on qualifiera pudiquement de merdique, mais je n’ose plus rien souhaiter depuis le remaniement ministériel, j’ai peur de provoquer le destin qui a l’air de très, très mauvais poil cette année. Je préfère partager avec vous ce que j’ai lu, entendu et vu de plus réjouissant cette année, ce qui m’a le mieux aéré l’intérieur de la tête, ce qui m’a permis de garder à peu près intact ma foi en l’avenir : que vous soyez en vacances ou pas, et où que vous soyez, voyez cette playlist comme un briquet à optimisme, à utiliser en cas d’urgence, ou juste pour le plaisir de faire des étincelles.

Essais féministes :

J’ai adoré Jouissance Club, le livre ludique et hyper inspirant de Jüne Pla, la créatrice du compte du même nom, qui explore la sexualité et la façon de donner et de recevoir du plaisir de manière hyper inclusive et bienveillante. A coupler avec Lever la tête, sortir du trou de Maïa Mazaurette, un ouvrage accessible et agréable à lire qui invite à s’émanciper des normes et pressions en matière de sexualité conjugale hétéro. Dans un registre moins érotique (quoique…) : Seins – en quête d’une libération, de la philosophe féministe Camille Froidevaux-Metterie, une enquête passionnante sur le rapport de femmes de tous âges à leurs seins, à la fois objets de désir et d’injonctions, qui cristallisent donc des tensions à la fois intimes et sociales ; et Le sexisme, une affaire d’hommes de la blogueuse et autrice Valérie Rey-Robert, qui s’intéresse à la construction de la virilité après avoir analysé brillamment la culture du viol dans son précédent essai : très utile pour démonter les pseudo-arguments des Not all men qui vous expliquent qu’eux aussi souffrent de sexisme anti-hommes… Enfin, La colère des femmes de Soraya Chemaly, sans doute le meilleur essai que j’ai lu cette année (celui que j’ai préféré, en tout cas), qui réhabilite ce sentiment légitime et catalyseur de changement que l’on apprend aux femmes du monde entier à réprimer dès leur plus jeune âge, au péril de leur santé mentale et physique. Un livre puissant, nécessaire, dont je suis sortie encore plus forte et déterminée que je n’y étais entrée.

Romans :

Si je devais choisir parmi tout ceux que j’ai lu cette année des livres qui ne sont pas tous récents mais m’ont fait un peu le même effet que des vacances, je conseillerais…

… aux épuisées qui ont envie d’un séjour all included pour se détendre sans risquer une crampe de cerveau : Le bal des folles de Victoria Mas, dont la narration impeccable, les héroïnes et le sujet m’ont rappelé la très bonne série française Le bazar de la charité, disponible sur Netflix, et le dernier roman de Joyce Maynard, De si bons amis, aussi divertissant et efficace que d’habitude, même si je confesse une préférence pour ses premiers écrits, notamment Une adolescence américaineet Et devant moi, le monde, des récits autobiographiques dans lesquels elle évoque notamment son anorexie, son sentiment d’imposture et la relation qu’elle a entretenue à peine sortie de l’adolescence avec J.D Salinger qui était à peine plus sympathique et moins toxique qu’un bloc d’amiante. Joyce Maynard, pour moi, c’est un peu comme Joyce Carol Oates : toutes deux ont une imagination débordante, une écriture précise et sans fioriture et un talent de conteuse hors norme qui font que même lorsque leurs romans sont moins bons, ils restent quand même très comestibles intellectuellement.

… aux nostalgiques de l’ambiance et des héroïnes de Orange is the new black, et à celles qui aiment les récits de prison et de solidarité : Le Mars Club, de Rachel Kushner dont je vous recommande aussi vivement les autres romans, Les lance-flammes et Telex de Cuba, et Tout le monde n’habite pas le monde de la même façon, de Jean-Paul Dubois, dont l’écriture légère et virtuose est l’équivalent littéraire d’un concerto de Chopin (dit-elle comme si elle bossait à France Musique🙄…)

… à celles qui ont envie d’un road trip dans l’Amérique profonde : Eileen, d’Ottessa Moshfegh, le portrait magistral et haletant d’une anti-héroïne dans les années 60 (son roman plus récent, Mon année de repos et de détente, est lui aussi un régal pour les papilles de la tête) ; Floride, le dernier ouvrage de Lauren Groff, l’autrice du best-seller Les Furies, parce qu’on ne lit pas assez de nouvelles en France et parce que l’écriture de Lauren Groff, sans doute ce qu’on a inventé de mieux en matière d’écriture depuis Toni Morrison. Et Column McCann. (De grâce, lisez Column McCann dont les titres des romans sont des voyages en soi). Oh, et lisez My absolute darling, de Gabriel Tallent, si vous avez aimé Le Petit Copain de Donna Tartt, et plus généralement si vous aimez les romans d’apprentissage dont les héro.ïnes sont des ados paumé.e.s et buté.e.s, un genre que j’affectionne tout particulièrement.

… à celles qui préfèrent rester en France cette année : je lis assez peu de romancier.e.s français.e.s, hormis Annie Ernaux, Agnès Desarthe et Frédéric Beigbeder (ahahahahahaha !, je plaisante bien sûr : plutôt lire le mode d’emploi d’une tondeuse. En coréen.) Mais je suis en train de lire Arcardie, le roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam, dont l’imagination, l’écriture précise et enlevée et la cruauté me ravissent. J’aimerais passer des vacances dans ce roman et devenir copine avec son héroïne, une ado ingrate, cynique et idéaliste qui rappelle fortement quelqu’un à mon psy…

Podcasts :

J’en écoute tellement de très bons qu’il m’est difficile de faire une sélection mais puisque c’est quand même l’idée de ce post, alors je vous recommande Un podcast à soi, dont chaque épisode est un régal intellectuel parfaitement assaisonné, à la fois nourrissant et digeste, Vénus s’épilait-elle la chatte dont je parle TOUT LE TEMPS sur Instagram, une pépite qui déconstruit l’art plastique d’un point de vue féminin et féministe, Emotions, qui décortique avec brio, des témoignages de quidams et des éclairages d’expert.e.s nos ressentis comme la colère, la pudeur, l’angoisse ou la rancune, et Quoi de meuf ?, le podcast de la journaliste et autrice Clémentine Gallot qui parle de pop culture d’un point de vue féministe, toujours éclairé et éclairant.

Et si vous souhaitez tenter l’expérience déconcertante d’abord puis addictive de l’audio-book, sachez que deux de mes livres de chevet -qui sont littéralement vissés à mon chevet- sont dispos sur Audible : Nous sommes tous des féministes, de Chimananda Ngozi Adichie, et Bad Feminist de Roxane Gay. Si vous n’êtes pas encore fans de ces autrices, la lecture auditive de Americanah et Chère Ijeawelede la première, et Hunger de la seconde devrait vous convertir.

Enfin, Les années, le merveilleux livre de la merveilleuse Annie Ernaux, est disponible gratuitement et en intégralité en 10 épisodes sur France Culture, où vous trouverez aussi d’autres romans à écouter.

Séries :

Cette année, j’ai passé mes meilleures heures de binge watching devant 4 séries anglaises. Si vous faites partie des deux personnes sur Terre à n’avoir pas encore vu Sex Education, well, lucky you, les deux saisons sont disponibles sur Netflix, et même si j’ai trouvé la deuxième saison décevante par rapport à la première, la série reste tout de même hautement addictive (mention spéciale à Gillian Anderson et à Ncuti Gatwa, dont je suis équitablement et follement amoureuse). Si vous n’avez pas encore vu Fleabag, well, lucky you aussi, les deux saisons sont disponibles sur Amazon Prime et justifient pleinement que vous surmontiez votre aversion légitime pour Jeff Bezos et que vous vous y abonniez, d’autant que la période d’essai est gratuite (mention spéciale à Olivia Colman, l’odieuse belle-mère de Phoebe Waller-Bridge, même si tou.te.s les acteur.ices sont parfait.e.s). Si vous n’avez pas encore vu Gentleman Jack, well, lucky you, la première saison est disponible sur OCS et en coffret DVD que vous méritez de vous offrir, tellement c’est la première fois qu’une série est centrée sur l’histoire d’amour de deux femmes, et tellement on s’identifie à fond à elles, que l’on soit queer ou pas (mention spéciale à Suranne Jones dont je suis follement amoureuse aussi). Et enfin, si vous n’avez pas encore vu The end of the fucking world, well, lucky you, car la deuxième saison est disponible depuis quelques mois sur Netflix, et encore meilleure que la première qui était déjà un chef d’oeuvre d’humour absurde et noir (mention spéciale à Alex Lawther, le jeune psychopathe sensible dont je suis également amoureuse, car mon coeur est vaste et qu’il n’y aucun.e physio à l’entrée).

Si après tout ça, il vous reste encore du temps de cerveau disponible pour une série absurde, improbable et géniale, regardez donc les 3 (courtes) saisons de Norsemen, sur Netflix : une série norvégienne à l’humour à mi-chemin entre Monty Python et The Office qui m’a régalée.

Et si vous avez un cerveau extensible (quelle chance), je vous recommande enfin de jeter un oeil à la sélection de one women shows féministes et hilarants que j’ai laissé en story permanente sur Instagram.

Quant à moi, je vais passer l’été à écrire, en compagnie de trois livres dans lesquels j’ai hâte de me plonger : Home, le roman graphique d’Alison Bechdel à laquelle on doit le test du même nom, On dirait que je suis morte, de Jen Beagin dont le pitch cabossé est tellement ma tasse de thé que je ne m’explique pas comment j’ai pu passer à côté jusque là, et L’été où je suis devenue vieille d’Isabelle Courtivron, une réflexion féministe sur le temps qui passe.

Passez un bon été, je vous embrasse si vous le voulez bien (et si vous ne le voulez pas, je vous fais un signe amical du bout du couloir),

Fiona