Roland Garros est-il un concours de Miss ?2018-09-18T09:47:58+00:00

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Roland Garros est-il un concours de Miss ?

Oui, si l’on en croit Bernard Giudicelli, le président de la FFT, qui a sévèrement critiqué la tenue que Serena Williams portait à Roland Garros en juin dernier. Pour sa rentrée sur les cours à l’US Open, l’Américaine portait donc un tutu : 2 fashion sets pour Serena. Et maintenant, peut-on parler d’autre chose que des OOTD de la plus grande championne de tennis de tous les temps ?
Vendredi 7 septembre

L’interview n’était même pas publiée qu’elle suscitait un tollé sur les réseaux sociaux. Dans le numéro de septembre de Tennis Magazine, Bernard Giudicelli estime ainsi qu’on est allé « trop loin » dans le fashion faux pas à Roland Garros cette année, à tel point que certaines tenues ne seront plus acceptées. C’est le cas de la combinaison noire que Serena Williams arborait sur les cours français au printemps dernier notamment pour améliorer sa circulation sanguine : « Il faut respecter le jeu et l’endroit. Tout le monde a envie de profiter de cet écrin. Si je fais passer une émotion avec quelque chose qui est beau dans un endroit qui est beau, l’émotion est magnifiée. »

Arrêtons-nous sur ces trois phrases, promenons-nous entre les lignes et faisons une pause au sommet d’une virgule pour admirer le point de vue et prendre quelques photos – on n’atteint pas de tels sommets de sexisme tous les jours (quoique, en cherchant bien ?). On pourrait bien sûr hausser une épaule et se dire qu’à force de fréquenter les tournois internationaux de tennis, un sport dont elle est une grande fan, la prêtresse de la mode Anna Wintour a fini par déteindre sur le président de la Fédération Française de Tennis – et puis la France, c’est la mode, pas vrai ? D’autant qu’en tennis, hein… On pourrait aussi s’amuser de ce qu’à ce niveau de compétition, les joueuses se fassent encore réprimander sur leur tenue comme des collégiennes surprises dans un coin du préau en train de roulotter l’élastique de leur jupe pour remonter l’ourlet.

Wait : c’est justement là que le bât (de contention) blesse. “insérer ici emoji rire jaune”

Avez-remarqué comme les pantacourts des joueurs ou leurs bandeaux dans les cheveux ne posent manifestement pas de problème aux instances dirigeantes, quand bien même ces derniers leur font des têtes d’ananas ?

Pourquoi l’emballage des championnes de tennis est-il plus important, en tout cas matière à plus de commentaires que celui de leurs collègues masculins, à votre avis ? Pourquoi la presse se concentre-t’elle quasi exclusivement sur le look des joueuses, la taille de leurs cuisses, leurs problèmes de poids (poke Marion Bartoli), leur silhouette (hey Tatiana Golovin et ses consoeurs régulièrement citées dans le top 10 bien machiste des joueuses de tennis les plus sexy !), leur féminité ou leur absence de féminité (hello Amélie Mauresmo qui a collectionné les insultes autant que les trophées !) ?

Parce qu’elles s’entraînent moins sur les cours ? Parce qu’elles sacrifient moins d’aspects de leur vie privée au service de leur sport que leurs homologues masculins ? Parce qu’elles jouent moins bien au tennis ?

Et au fait, pourquoi ce sont toujours de vieux messieurs chauves qui décident de ce qui est beau ou pas beau, de ce qui honore ou écorche la rétine des spectateurs de Roland Garros, de ce qui magnifie ou dégonfle leurs émotions ?

Monsieur Bernard Giudicelli estime que le jeu de Serena Williams ne suffit pas à réjouir les spectateurs ni à honorer les lieux, sans préciser le nombre de centimètres en moins qui permettraient à la plus grande championne de tennis de tous les temps de regagner leur estime.

Nike, l’équipementier de Serena Williams, a immédiatement réagi sur Instagram avec cette phrase : « Vous pouvez enlever son costume à la super héroïne mais vous ne pouvez pas leur enlever ses superpouvoirs », tandis que les réseaux sociaux s’enflammaient pour dénoncer le paternalisme du président de la FFT.

Après avoir calmé le jeu et assuré qu’il n’y avait aucun problème entre la FFT et elle, Serena Williams a fait son entrée sur les cours de l’US Open lundi 27 août vêtue d’un tutu customisé par Virgil Abloh pour Louis Vuitton pour affronter la Polonaise Magda Linette. Un pied de nez jubilatoire qui laisse toutefois un goût amer à ses fans dont je suis.

Car encore une fois, il n’a été question de son look, et pas du match -le nom de son adversaire n’est même pas citée dans la plupart des articles consacrés à l’événement.

Alors aux questions ci-dessus qui resteront probablement sans réponse, j’ajoute celle-ci, qui s’étend bien au-delà des cours de tennis : à votre avis, combien de temps encore va-t’on devoir supporter que des hommes mesurent notre valeur à la surface de tissu qui cache notre cerveau ? Parce que je commence à m’impatienter…

Retour à l’accueil
Le mec de la semaine : Virgil Abloh, le créateur de la marque instantanément culte Off-White et désormais DA du prêt-à-porter hommes de Louis Vuitton, qui sous la photo de Serena Williams dans son fameux tutu déclare : « Je veux lui dessiner des robes à vie. » Rep à ça Bernard Giudicelli.
Virgil Abloh
La sorcière de la semaine : Mona Chollet, brillante essayiste féministe à qui on doit « Beauté fatale », explore ce qu’il reste aujourd’hui de la sorcière diabolisée et brûlée d’autrefois dans nos préjugés et représentations. La femme indépendante, la femme sans enfant et la femme âgée sont-elles les sorcières du XXIème siècle ? Passionnant.
« Sorcières, la puissance invaincue des femmes », éditions La Découverte, 18€, sortie le 13 septembre
Des sweats tutti frutti AGOGO ! Agogo, c’est la marque de de streetwear unisexe, coloré, équitable et made in France de deux super meufs (je les ai rencontrées), Elo Gaud et Jo Gobin qui croient au pouvoir inclusif des fringues gaies, super bien coupées et confortables conçues pour les jeunes, les vieux, les maigres, les gros, les hétéros, les gays, les bi, les trans, les noir.e.s, les blanc.he.s, les jaunes, les vert.e.s…
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