Ce post est né d’une triple actualité, et du ras-le-bol que l’on regarde mon ventre comme s’il faisait tic tac, rapport à l’horloge biologique à l’intérieur qui se transforme au fil des années en minuteur.

Cette semaine, une amie proche m’a annoncé qu’elle était enceinte, m’abandonnant ainsi la case “trente ans, pas d’enfant” qu’on était toute une bande à occuper il y a encore, bah, cinq minutes, me semble-t’il. Entendons-nous : je ne pense pas qu’elle attende un bébé pour m’emmerder – je ne le pense pas vraiment : le fait qu’elle soit amoureuse d’un mec super, qu’elle adore les enfants et qu’ils feront des parents géniaux a dû jouer aussi, quelque part, dans ses motivations. J’imagine. Mais ça fait bizarre, de me retrouver dans cette position. “La dernière”. La dernière de quoi, d’ailleurs ? La dernière de la classe ? La dernière à pouvoir rentrer sans scrupule ni vergogne à cinq heures du mat’ le samedi, un faux-cil collé sur la tempe et les jambes qui font des noeuds marin ? La dernière des Mohicannes ?
Je ne veux pas d’enfant. Je n’en ai jamais voulu, et je n’en veux toujours pas, à trente ans et des poussières – OK, des moutons -, alors que je peux en fabriquer, et que j’aime un homme propriétaire de trois enfants équilibrées et d’un bon rapport qualité des échanges-prix des cadeaux à Noël, enfants que je côtoie par ailleurs sans trop de répulsion, voire, de loin en loin, avec un spasme de plaisir*.
 

FullSizeRender-3Moi, à la dernière NYFC (ou est-ce Anna Wintour à côté de North West ?)

 
Quand j’avais vingt ans, “on” (mes amis, les adultes plus adultes que moi, mes docteurs de tête et de corps, mes collègues…) me disait que “ça viendrait plus tard”. Plus tard, autour de vingt-cinq ans, ça ne venait toujours pas, mais “on” me disait que j’avais le temps. Quand j’ai eu moins de temps, à trente ans, ça ne venait toujours pas, alors “on” m’a demandé quel était le problème.
Il n’y en a pas. J’aime les enfants, je suis une marraine comblée, une belle-doche épanouie, j’ai le même âge mental et la même passion pour les paillettes et les jouets à la con que les enfants de mes amis, j’adore traîner au rayon enfants du Monop’ et je trouve qu’un bébé, pourvu qu’il soit vidangé, sent bon. Mais je n’en veux pas. Parce que j’aime trop les sushis, les huîtres et le vin blanc, parce que la seule fois où j’ai arrêté de fumer, j’étais d’une humeur de tank russe, parce que j’adore dormir, surtout sur le ventre, parce que les vêtements de maternité sont moches, parce que je n’aime pas avoir du vomi dans les cheveux… J’EN SAIS RIEN, POURQUOI ! Et pourquoi mon utérus devrait-il se justifier de vouloir rester vide, d’abord ? C’est pas une place de parking dans une mégalopole, bordel !
Selon une étude toute fraîche du Bureau de recensement américain, publiée dans le Time cette semaine, en 2014, 47,6% des femmes entre 15 et 44 ans n’avaient pas d’enfants. C’est le pourcentage le plus élevé jamais enregistré depuis la création dudit Bureau, en 1976, dans un pays où le taux de natalité reste relativement élevé (1,88 enfant(s?) par femme).
Aux Etats-Unis, je serais donc subnormale.
En France, les femmes sans enfant en âge d’en avoir et déclarant ne pas en vouloir sont une aiguille dans une meule de foin – à plus forte raison quand elles sont en couple. Selon une étude récente de l’INED, “l’infécondité volontaire” (on appréciera l’expression…) est restée stable en France ces trente dernières années, autour des 6,3% enregistrés en 2013. Le chiffre tombe à 3,7% pour les femmes en couple de moins de 30 ans, et 2,1% pour leurs aînées.
Moralité : je suis une licorne à cinq pattes.
Et j’aimerais qu’on me laisse brouter mon arc-en-ciel tranquille.
Merci.
 
* Eh, belle-daronne vous aime, bitches !