Enfant, je n’allais pas à l’école. J’habitais un village en Allemagne qui présentait une prodigieuse densité de vieux au mètre carré – exceptées la météo, la proximité de la mer, la gastronomie et la qualité de vie, on se serait cru à Nice. J’imagine qu’il n’y avait pas d’école à proximité, aussi j’ai passé les premières années de ma vie en tête à tête avec une nounou qui avait autant de dents que moi, et qui s’auto-endormait en me lisant des histoires (Je quittais alors prudemment la pièce, de peur que l’on m’accuse de l’avoir tuée). Quoi qu’il en soit, j’ai attendu d’avoir cinq ans et demi pour flipper avant de rentrer à l’école. Ensuite, je n’ai plus arrêté.

Même quand je n’ai plus eu l’âge d’aller à l’école. Même quand la vraie vie a remplacé celle que l’on apprend dans les livres.
L’odeur du protège-cahier me terrifiait, parce qu’elle sentait le neuf, le changement, l’incertitude. Le changement : cette menace civilisée qu’on appelle promesse.
Enfant, j’avais peur que mes copines n’aient rencontré des camarades plus amusantes que moi pendant l’été, et qu’elles m’échangent contre un modèle de qualités supérieures. Je craignais que tout ce que j’avais appris l’année précédente n’ait été évacué dans le siphon des grandes vacances. L’idée de ne pas comprendre ce qu’on allait m’enseigner m’était insupportable, moins toutefois que l’éventualité que cela ne m’intéresse pas – j’ai ainsi pleuré comme une fontaine après mon premier cours de physique-chimie, dispensé par une dame aussi déprimée que ses pulls angora. La science m’emmerdait : autant mourir.
Bien entendu, la rentrée se passait à merveille, et à la fin de l’année scolaire, je chialais comme une écluse.
 
Adulte, la peur de la rentrée a l’odeur de la page blanche, et le goût de l’ultimatum que l’on s’est infligé une demi-douzaine de fois déjà. La rentrée sent la fin de l’été, le cuir neuf et les questions.
Cette année, elle a une saveur particulière pour moi car après plus de cinq ans passés chez Be, je travaille désormais pour un nouveau journal – Grazia, en l’occurrence.
Et si je n’arrivais pas à écrire ?
Et si mes nouvelles chefs s’en rendaient compte ?
Et si…
Et si tout se passait bien ?
 
Chiche.
Bonne rentrée à toutes,
Fiona
 
 
Ellen von Unwerth + Revenge-www.lylybye.blogspot.com
 
(c) Ellen Von Unwerth