Je grandissais.
 
Il y a une vingtaine d’années, Paris Match demanda à Isabelle Adjani ce qu’elle avait fait durant trois années passées loin de la vie publique. Mon idole, l’impératrice des drama queens, l’inoubliable Adèle H au physique de Barbie oubliée sur un radiateur répondit : « J’aimais. »
 
La différence entre Isabelle Adjani et moi ? Hormis les cinq Césars, Daniel Day Lewis, les zéros sur le Codévi, la pub embarassante pour Woolite et ce visage reconfiguré par Jacques Garcia ? Lorsque je m’éclipse un petit mois de ce blog, Paris Match me fout une paix royale. Ce qui n’empêche pas l’Adjani hard discount que je suis de trémoloter à qui voudra l’entendre (bisous, vous deux !) : je grandissais.
 
Attention, passée cette ligne, ce post devient sérieux : veuillez gagner les issues de secours situées en haut, à droite et à gauche de votre écran, ou décrocher ce sourire de derrière vos oreilles. Merci.
 
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Quelques jours après les attentats de Paris, mon papa est tombé gravement malade, et ma grand-mère a subi un AVC dont elle ne se remettra sans doute que pour grimper sur son petit nuage. Quelques jours plus tard, une année supplémentaire m’est tombée dessus (j’aurais dû m’y attendre : elle arrive toujours à la même période, je devrais me méfier. L’esquiver, hop, comme on esquive une voiture de justesse en traversant en dehors des clous.)
 
(Je vous ai bien plombés, hein ?)
 
Si je n’éprouve aucune gêne à me désaper spirituellement ici même avant d’avoir éteint la lumière, je ne sais pas me raconter quand j’ai un gravier dans le cerveau. Je suis ceinture noire de mélodrame, mais je ne sais pas souffrir mezzo voce. Depuis un mois, je garde donc le silence pour apprivoiser cette douleur nouvelle, pour ne pas l’effrayer et éviter qu’elle ne grossisse. Je m’y cache pour que tout redevienne comme avant, quand mon père était ce phare au physique de buffet de cuisine qui décourageait mes cousins, la maladie et les effusions sentimentales, quand ma grand-mère était un sujet de plaisanterie entre maman et moi, quand j’avais le droit d’être en colère contre eux, et le temps de mettre des mots sur les non-dits qui éloignent peu à peu, et transforment les demis dieux de l’enfance en une poussière sur notre ligne d’horizon. C’est sans doute cela qui fait le plus mal : ce temps que l’on ne peut pas rembobiner, les faits que l’on ne peut pas défaire, et le chagrin qui colle à la peau de l’intérieur, comme un vêtement mal ajusté auquel on s’habitue faute de pouvoir en changer.
 
Bon, eh ! Buvons un coup, et reprenons la vie là où on l’avait garée en double file. Parce qu’elle continue, cette foutue marathonienne. Ce week-end, on parlera donc des listes de Noël.
 
D’ici là, je vous embrasse fort fort fort,
Fiona